CHAPITRE XVIII. 3oI
imagine donc l'efTet que produit celte mer de glace, se fendant de toutes parts. En dépit des factionnaires que Ton p)ace alors tout le long des quais pour empêcher le peuple de sauter de glaçon en glaçon, des Icffléraires s'tivenlurcntsur la glace devenue mouvante pour gagner l'autre bord. Avant d'entreprendre ce dangereux trajet, ils font le signe de la croix, et s'élancent, bien persuadés que, s'ilspérissenl, c'est qu'ils y sont prédestinés. Au moment de la débâcle, le premier qui traverse la Neva en bateau présente une coupe en argent, remplie d'eau de la Neva, à Tempereur qui la lui rend remplie d*or.
On ne décalfeuire pas encore les fenêtres à cette époque, et la Russie n'a point de printemps ; mais aussi la végétation se presse pour regagner le temps perdu. On peut dire, et c'est à la lettre, que les feuilles poussent à vue d'œil. J'allai un jour, à la On du mois de mai, me promener avec ma Qlle au jardin d'été ;et, voulant nous assurer si tout ce qu'on nous avait dit sur la rapidité de la végétation était vrai, nous remarquâmes des feuilles d'arbustes qui n'étaient encore qu^cn bourgeons. Nous fîmes un grand tour d'allée, puis, étant revenues à la place que nous venions de quitter, nous trouvâmes les bourgeons ouverts et les feuilles entièrement étendues.
tre; ftociin ne ri^isternit aux glaçons de la Do2:a. La communication entre les doux iMrds nVxiste que par un pont de bateaux ^a'on retire an moment de la débâcle. J'ai vu pourtant au Palais des beaux arts le modèle d*un pont d une seule arche (\u\m esclave i*QSBe a fait d'instinct, n'ayant reçu nulle éducation. Ce modèle est admirable. Il faut que de forteti raisons empêchent de l'exécuter.
{Note de l'auteur.)
Les Russes lirent parli, même de la rigueur de leur climat, pour se divertir. Parleplusgrandrroid, lise faitdes parties de traîneaux, soit de jour, soit dcDuilaux flambeaux. Puis, dans plusieurs quartiers^ on étabiitdes montagnes de neige sur lesquelles on va glisser avec une rapidité prodigieuse, sans aucun danger; car des hommes, habitués à ce métier, vous lancent du haut de la montagne, et d'autres vous reçoivent en bas.
Une des belles cérémonies qu'on puisse voir est celle de la bénédiction de la Neva. Elle a lieu tous les ans, et c'est l'archimandrite qui donne la bénédiction en présence de l'empereur, de la famille impériale el de tous les grands dignitaires. Comme à cette époque la glace de la Neva a pour le moins trois pieds d'épaisseur, on y pratique un grand trou dans lequel, après la cérémonie, chacun vient puiser de l'eau bénite. Assez souvent on y voit des femmes y plonger de petits enfants ; parfois il arrive à ces malheureuses mères de laisser échapper la pauvre victime du préjugé ; mais alors, au lieu de pleurer la perte de son enfant, la mère se félicite du bonheur de l'ange qui s'en va prier pour elle. L'empereur est obligé de boire le premier verre d'eau, que l'archimandrite lui présente.
J'ai déjà dit qu'il faut aller dans la rue pour s'apercevoir du froid à Saint-Pétersbourg. C'est tellement vrai que les Russes ne se contentent pas de donner à leurs appartements la température du printemps, plusieurs salons sont entourés de grands paravents vitrés, derrière lesquels sont placés des caisses et des pots remplis des plus belles fleurs que donne chez nous le moi^ de mai.