‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 123 sur 293 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Je haat da bras du roi, et levant les yeux remplis de larmes vers le ciel ; Madame Royale est devant elle, tenant la main gauche du roi, en faisant retentir la salle des gémissements les plus douloureux. Le roi, toujours calme, toujoursauguste,neversaitaucune larme; mais il paraissait cruellement affecté de l'étatdouloureuxdesa famille. Il lui dit avec leson de voix le pi us doux, mais p\e\i\ d'expvessïonsioiichdinies: JenevoutdispointadieUy ioyez assurée que je vous verrai encore demain matin^ à iept heures? — Vous nous le promet tezy dit la reine, pouvant à peine articuler. -^ Oui, je vous le promets^ répondit le roi ; adieu. — Dans ce moment les sanglots redoublèrent. Madame Royale tomba presque évanouie aux pieds du roi qu'elle tenait embrassé ; madame Elisabeth s'occupa vivement de la soutenir. Le roi fit on effort bien pénible sur lui-même, il s'arracha de leurs bras, et rentra dans sa chambre. Gomme j'étais près de madame Elisabeth, j'aidai cette princesse i soutenir Madame Royale pendant quelques degrés; n^stis on ne me permit pas de suivre plus loin, et je rentrai près du roi. Pendant cette scène, quatre officiers municipaux^ dont deux très-mal vêtus et le chapeau sur la tête, se tenaient dans l'embrasure de la croisée, se chauffant au poêle sans se mouvoir. Ils étaient décorés d'un ruban tricolore avec une cocarde au milieu.

« Le roi était vêtu d'un habit brun mélangé, avec un collet de même, une veste blanche de piqué de Marseille, une culotte de Casimir gris et des bas de soie gris, des boucles d'or, mais très-simples, à ses souliers, un col de mousseline, les cheveux un peu

iO SOUVENIRS DE MADAME VIGÉE LE BRUN.

poudres, une boucle séparée en deux ou trois, le toupet en vergette un peu longue, les cheyeuz de derrière noués en catogan.

<c La reine, Madame Royale et madame Elisabeth étaient vêtues d'une robe blanche de mousseline, de fichus très-simples en linon, de bonnets absolument pareils faits en forme de baigneuses, garnis d'une petite dentelle^ un mouchoir garni aussi de dentelle, noué dessus le bonnet en forme de marmotte.

« Le jeune prince avait un habit de Casimir d'un gris verdâtre, une culotte ou pantalon pareil, un petit gilet de basin blanc rayé, Thabit décolleté et à revers, le col de la chemise uni et retombant dessus le collet de l'habit, le jabot de batiste plissé, des souliers noirs noués avec un ruban, les cheveux blonds sans poudre, tombant négligemment et bouclés sur le front et sur les épaules, relevés en natte derrière, et ceux de devant tombaient naturellement et sans poudre. Les cheveux dé la Reine étaient presque tous blancs, ceux de Madame d'un beau blond clair, et ceux de madame Elisabeth aussi blonds, mais de nuance plus foncée. Yoilà à peu près, Madame, les détails que je puis vous donner sur ce sujet ; s'ils ne remplissent point vos désirs, daignez me faire d'autres questions, et je tâcherai d'y répondre. Il me reste une grâce à vous demander, c'est que tous ces détails restent entre nous. Comme j'ai des notes où tous ces faits sont écrits, je ne voudrais point qu'ils soient connus avant leur impression *. J'espère que quelque jour vous rc-

^ Les notes, dont parle Cléry dans sa lettre, ont été pnbliées par lui sons le titre de : Journal de ce qui s*est passé dans la Tour du

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