‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 124 sur 293 · CLÉRY · texte numérisé non relu

CLÉRY

« Vienne, le 27 octobre 1796. »

Cette lettre me fit une si cruelle impression, que je reconnus Timpossibilité d'entreprendre un ouvrage pour lequel chaque coup de pinceau m'aurait fait fondre en larmes. Je renonçai donc à mon projet ; toutefois, j'eus le bonheur, pendant mon séjour en Russie, de retracer encore des traits augustes et chéris ; voici à quelle occasion. Le comte de Cossé arriva à Saint-Pétersbourg, venant de Mittau où il avait laissé la famille royale. Il me fit une visite pour m'engager à me rendre auprès des princes, qui me verraient, me dit-il, avec plaisir. J'éprouvai dans le moment un bien vif chagrin; car, ma fille étant Daaiade, je ne pouvais la quitter, et, de plus, j'avais à remplir des engagements pris non-seulement avec des personnages marquants, mais encore avec la femille impériale, pour plusieurs portraits, ce qui ne ^c permettait pas de quitter avant quelque temps

*^»»p/tf pendant la captivité de Louis XVI, et ce journal a paru, P^^rla première fois, à Londres en 1798. Jean-Baptiste Ganthanet Ciéry est né à Jardy, près de Versailles, et mort à luing, Âatriclie, le 27 mai 1809.

Saint-Pélersbourg. J'en exprimai toute ma peine à M. de Gossé, et, comme il ne repartait pas tout de suite, je fis aussitôt de souvenir le portrait de la reine, que je le priai de remettre à madame la duchesse d'Angoulôme, en attendant que je pusse aller moimême recevoir les ordres de Son Altesse Royale.

Cet envoi me procura la jouissance de recevoir de Madame la lettre suivante que je conserve comme us témoignage de sa satisfaction :

« MitUu, ce 15 avril 1800.

c Le comte deCossé m'a remis, Madame, le portrait de ma mère que vous l'aviez chargé de m'apporter. Vous me procurez la double satisfaction de voir^ dans un de vos plus beaux ouvrages, une image bien chère à mon cœur. Jugez donc du gré que je vous ai d'avoir employé vos rares talents à me donner cette preuve de vos sentiments; et soyez persuadée que j'y sois plus sensible que je ne puis vous l'exprimer. Comptez également, Madame, sur mes sentiments pour vous.

Page 1