‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 131 sur 293 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

petit comité, une dame qui ne me connaissait pas et qui venait de s'enhardir sur ce sujet, s'arrêta tout court en me voyant entrer. La comtesse Golowin fut obligée de lui dire pour qu'elle continuât sa conversation : a Vous pouvez parler sans crainte, c'est madame Le Brun.» Tout cela paraissait bien dur, après avoir vécu sous Catherine, qui laissait jouir chacun de la plus entière liberté, sans pouvoir jamais, il est vrai, en prononcer le mot.

Il serait trop long de raconter sur combien de choses futiles Paul exerçait sa tyrannie. Il avait ordonné, par exemple, que tout le monde saluât son château, môme lorsqu'il en était absent. Il avait défendu de porter des chapeaux ronds, qu'il regardait comme un signe de jacobinisme. Des hommes de police avec leur canne faisaient sautera terre tous les chapeaux ronds qu'ils rencontraient, au grand dépit des per* sonnes que leur ignorance exposait à se faire ainsi décoiffer. En revanche, tout le monde était contraint âe porter de la poudre. Dans le temps que parut cette ordonnance, je faisais le portrait du jeune prince Bariatinski, et, comme je l'avais prié de ne pas venir poudré, il y avait consenti. Je le vis arriver un jour, pâle comme la mort. « Qu'avez-vous donc ? lui dis-je. *- Je viens d'apercevoir l'empereur en venant chez ^ous, me répondit-il encore tout tremblant ; je n'ai eu que le temps de me jeter sous une porte cochère, mais j'ai une ptur affreuse qu'il ne m'ait reconnu. » Celte terreur du prince Bariatinski n'avait rien de surprenant ; elle atteignait les personnes de toutes les

classes ; car aucun habitant de Saint-Pétersbourg n'é-

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