CHAPITRE II
avait entourées ainsi; il m'a fait voir en effet, depuis, un (aUeau où la cathédrale de Saint-Pierre est représentée cofflOQe je voudrais qu'elle fût.
« J'ai monté aussi l'escalier qui conduit à la chapelle Siztîne, pour admirer la voûte peinte à fresque par Michel-Ange, et le tableau représentant le jugement dernier. Malgré toutes, les critiques qu'on a faites de ce tableau, il m'a semblé un chef-d'œuvre du premier ordre, pour l'expression et la hardiesse des raccourci*. Il y a vraiment du sublime dans la composition et dans l'exécution. Quant au désordre qui y règne, il est, selon moi, complètement justifié par le sujet.
« Le lendemain, je suis allée voir le Muséum. Il est bien vrai qu'on ne peut rien comparer sous le rapport desformes, du style et de l'exécution, à tant de chefsd œuvre antiques. C'est aux Grecs surtout qu'il appartenait de réunir, dans une aussi haute perfection, 'élégance des formes à la vérité. En voyant leurs ou- "^es, on ne peut douter qu'ils n'aient eu de bien admirables modèles, et que les hommes et les femmes de la Grèce n'aient réalisé jadis ce que nous appelons '6 beau idéal. Je n'ai fait encore que parcourir le ^«séum, mais l'Apollon, le Gladiateur mourant, le P^«pe du Laocoon, ces beaux autels, ces magnifiques candélabres, toutes ces beautés enfln qui me sont apparues, m'ont déjà laissé des souvenirs ineffaçables.
«A.U moment où j'allais partir pour celte course «» muséum, j'ai reçu la visite des pensionnaires de *^cadémie de peinture, au nombre desquels était 'îirodet. Ils m'ont apporté la palette du jeune Drouais,
et m'ont demandé en échange quelques brosses dont je m'élais servie pour peindre. Je ne puis vous cacher, mon ami, à quel point j'ai été sensible à cet hommage si distingué, à cette demande si flatteuse ; j'en garderai toujours une douce et reconnaissante pensée.
c( Combien je regrette de ne pas retrouver ici ce jeune Drouais, que la mort vient de nous enlever si cruellement^ l Je l'avais connu à Paris, il avait même dtné chez moi avec ses camarades la veille du jour ob ils sont tous partis pour Home. Vous n'avez pas oublié sans doute son beau Marius? pour moi, je le vois encore. La foule se portait chez la mère du pauvre Drouais pour voir ce tableau, qui était exposé chez elle. Héjas ! la mort ne respecte rien ; n'a-t-elle pas frappé Raphaël avant qu'il eût trente-huit ans ? n'at-elle pas enlevé ce génie au monde, quand il était dans toute sa force, dans toute son énergie? car je vous avoue que j'entre en fureur lorsque je songe qu'on a Osé écrire que Raph«iei était mort par suite d'excès, en un mot, de libertinage. Quoi ! ce talent si pur, si suave, aurait été chercher ses inspirations dans les mauvais lieux I De bonne foi, cela peut-il se croire? Mais la preuve que rien n'est plus faux, c'est que nous savons tous que Uaphael était amoureux, éperdument amoureux de cette belle boulangère sans laquelle il ne pouvait vivre, à qui il resta fidèle au point de refuser pour elle les honneurs, les richesses et la
> Jean -Germain Drouais, fils et pcUt-flls de p-^întres, né à Paris, le 36 novembre J7u3, est mort, à l'École de France, à Rome, le 13 r<3vner 1788.