‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 17 sur 293 · CHAPITRE II. 4o · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 4o

J'allai louer près de là, dans! xnie rue fort tranquille, iiDc petite maîsoo qui me coiiTenail parfaitement, où j'avais une charmante chambre à coucher, toute lenrluc en vert, a\antagc dontje me félicitai beaucoup. J'avais visité toute la maison depuis le haut jusqu'en lias ; j'avais même examiné les cours des maisons voisines sans rien apercevoir qui pût m'inquiéter. Je pensai donc ne pouvoir entendre d'autre bruit que le bruit bien léger d'une petite fontaine placée dans la cour, et, dans mon enchantement, je m'empressai de payer le premier mois d'avance, dix ou douze louis, je croîs. Bien joyeuse, je me couche dans une quiétude parfaite; à deux heures du malin, voilà que j'entends un bruit infernal précisément derrière ma tête ; ce bruit était si violent, que la gouvernante de ma fille, qui couchait deux chambres plus loin que la mienne, en avait été réveillée. Ws que je suis levée, je fais venir mon hôtesse pour lui demander la cause de cet horrible vacarme, j'apprends que c'est le bruit d'une pompe attachée à la Hiuraiile près de mon lit : les blanchisseuses, ne pouvant blanchir le linge pendant le jour, attendu l'extrôme chaleur, ne venaient à cette pompe que la nuit. On imagine si je m'empressai de quitter celte charmante petite maison.

Après avoir beaucoup cherché inutilement pour ni'établir à ma fantaisie, on m'indiqua un petit palais dans lequel je pouvais louer un appartement; n'ayant encore rien trouvé qui pût me convenir, je pris le parti de m'y installer. J'avais là bien plus d'espace qu'il n'en fallait pour me loger commodément ; mais

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toutes CCS pièces étaient d'une «aleté dégoûtante. Enfin, après en avoir fait nettoyer quelques-unes, je vais m'y établir. Dès la première nuit je pus juger des agréments de cette habitation. Un froid, une humidité effroyables, m'auraient permis de dornrj'r, qu'une troupe de rats énormes, qui counient dans ma chambre, qui rongeaient les boiseries et mes couleurs, m'en auraient eir.pèchée. Quand je demandai le lendemain au gardien comment il se faisait que ce petit palais fût si froid et que les rats y eussent établi leur domicile, il me répondit que depuis neuf cins on n'avait pu trouver à le louer : ce que je n'eus point de peine à croire. Malgré tous ces inconvénients, cependant, je me vis forcée d y rester six semaines.

Enfin, je trouvai une maison qui paraissait être entièrement à ma convenance. Je ne la louai néanmoins que sous la condition de l'essayer pendant une nuit, et à peine m'étais je mise au lit, que j'entendis sur ma tète un bruit tout à fait insurmontable ; c'était une quantité innombrable de vers qui grugeaient les so« lives. Dès que j'eus fait ouvrir les volets, le bruit cessa ; mais il ne me fallut pas moins abandonner cette maison à mon grand regret, car je ne crois pas qu'il soit possible de déménager plus souvent que je. ne l'ai fait pendant mes différents séjours dans la ville du Capitôle : aussi je suis restée convaincue que la chose la plus difficile à faire dans Rome, c'est de s'y loger.

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