‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 186 sur 293 · CHAPITRE XXIX. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. i

on envoie simplement une carte sur laquelle on écrit : Je serai chez moi tel jour,

Lady Hertford, qui était une très-belle femme, donnait de superbes rouis. J'y rencontrai souvent lady Monck, fort jolie femme, ainsi que ses deux filles ; lord Borington, aimant extrêmement les arts, et dont la conversation me plaisait beaucoup, ainsi qu'une foule d'autres personnes qui me composèrent bientôt une société, quoiqu'on parle beaucoup de la retenue anglaise.

La femme de Londres la plus à la mode à celte époque était la duchesse de Devonshire. J'avais souvent entendu parler de sa beauté et de son caractère influent en politique, et, lorsque j'allai lui faire visite, elle me reçut de la manière la plus aimable. Elle pou< vait alors avoir quarante-cinq ans. Ses traits étaient fort réguliers ; mais je ne fus pas frappé de sa beauté. Elle avait le teint trop animé, et son malheur voulait qu'elle eût un œil dont elle ne voyait plus. Gomme à cette époque on portait les cheveux sur le front, elle cachait cet œil sous une masse de boucles, ce qui ne parvenait point à dissimuler une défectuosité aussi grave. La duchesse de Devonshire était assez grande^ d'un embonpoint qui, à l'âge qu'elle avait, réussit fort bien, et ses manières faciles étaient extrêmement gracieuses.

Je suis retournée chez elle à un grand rout pour un concert public. Il faut savoir que les grandes dames anglaises prêtent parfois leurs salons pour des réunions de ce genre, se réservant une ou deux pièces, afin de pouvoir inviter les personnes de leur con-

naissance. Je fus de ce nombre, el dans un moment où je me trouvais assise à côté delà duchesse, elle me Ût remarquer un homme placé fort loin de nous, mais en face^ et me dit : « N'est-ce pas, qu'il a l'air remarquablement spirituel et distingué ? » Il est vrai que des traits prononcés et un grand front dégarni de cheveux lui donnaient beaucoup de physionomie. C'était sir Francis Burdett, dont elle protégeait l'élection et qui fut en effet nommé député. Je n'ai pas oublié la frayeur que me causa son triomphe, lorsque^ me trouvant dans la rue, je vis passer en fiacre une grande quantité d'hommes du peuple, les uns dans la voiture, les autres sur l'impériale, et tous criant à tue-tèle : Sir Francis Burdett! Sir Francis Burdett I La plupart de ces gens étaient ivres morts ; ils jetaient des pierres dans les vitres. Une jeune femme, qui était grosse, en fut tellement effrayée qu'elle accoucha de peur, et l'on m'a même dit qu'elle en mourut. Quant à moi, ignorant le motif d'un pareil vacara:o^ j'étais saisie de terreur, croyant qu'une révolutiou commençait en Angleterre. Je rentrai vite chez moi toute tremblante, et je fus très-heureuse que le prince Bariatinski, qui habitait Londres depuis longtemps, se doutant de ma frayeur, vint pour me rassurer. Il me dit que les choses se passaient toujours ainsi quand il s'agissait d'une élection importante, et que ce train serait fini le lendemain. Le lendemain en effet le calme était rétabli.

La duchesse de Devonshire avait de môme appuyé de tout son crédit l'élection de Fox au parlement, et elle avait réussi à le faire nommer député dans un

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