‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 19 sur 293 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

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endormi, du Guide, et plusieurs beaux portraits de ce peintre. En sculpture, un magnifique buste d'Adrien, le Faune qui dort, et beaucoup d'autres statues etbas-relîefs antiques.

Le palais Colonna est cité comme le plus beau de Rome; toutefois, il est loin d'offrir le même intérêt que le palais Borgbèse. Celui-ci est si riche en f abîeaux des grands maîtres et en statues, qu'il peut, ainsi que la villa du même nom, passer pour un musée roya'. C'est lu que j*ai vu les plus beaux tableaux de Claude Lorrain.

Si Ton s'en croyait, on passerait sa vie à Rome dans les palais et dans les églises. Les églises renforment des trésors en peinture^ en mausolés admirables. En ce genre, les richesses qui ornent Saint-Pierre sont assez connues; pourtant je veux dire un mot du mausolée de Ganganelli par Canova, qui est une bien fcelle chose. C'est à Saint- Pierre aux Liens que se trouve celui de Jules II par Michel-Ange. A Saint-Laurent hors des murs, on voit des tombeaux antiques : I un d'eux représente un mariage, et l'anlre une ven- ^^ïïge. L'église de Saint-Jean de Lalran, qui est ornée "€ colonnes, renferme aussi plusieurs tombeaux du inôme genre, dont l'un est en porphyre et d'une immense dimension ; le cloître, qui joint la sacristie, est rempli d'inscriptions antiques écrites en diverses langues. C'est à Saint-Jean de Latran que le peuple njonte à genoux les vingt-huit degrés qui précèdent •e portail.

La plus belle des églises sous le rapport de l'architecture est celle de Saint Paul hors des murs, dont Tinté-

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rieur, de chaque côlé, est orné de colonnes. On ne peut douter que Saint-Paul n'ait été un temple, cl c'est dans ce style que j'aurais désiré Saint-Pierre.

A Saint-André de la Yalle, la coupole et les quatre évangélist^ sont peints par le Dominiquin. C'est à la Trinilé-du-Monl, que se trouve la célèbre Descente de Croix de Daniel de Vol terre. Ce tableau, aussi admirable par la composition que par l'expression, est un des chefs-d'œuvre les plus remarquables de Home. Je l'ai vu on très-mauvais état ; mais on m'assure qu'aujourd'hui il est parfaitement restauré. Je ne sais s'il faut dire que l'on voit dans l'église de la Yicloire de Sainte-Marie, la fameuse Sainte-Thérèse du Bernin, dont Icxpression scandaleuse ne peut se décrire ; mais c'est à San-Pietro in Montorio qu'on pouvait admirer alors la Transfiguration de Raphaël.

On ne peut avoir une idée de refTet imposant et grandiose que produit la religion catholique, quand on n'a point vu Rome pendant le carême. La Semaine-Sainte commence au dimanche des Rameaux, et se passe en cérémonies religieuses dont la pompe est vraiment admirable.

f.e mercredi, je me portai avec la foule à la chapelle de Monte-Cavalo où se chante le Stabat Mater de Pergolèze^ musique qu'on peut appeler céleste.

Le jeudi j'assistai à la messe qui se dit à Saint- Pierre avec la plus grande magniQccnce. Les cardinaux, revêtus de riches chasubles et tenant un cierge à la main, se rendent dans la chapelle Pauline, qui est éclairée par mille cierges. Un grand nombre de soldats, qui portent des cuirasses et des casques de

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fer, suivent le cortège. Le coup d'œil de celte procès* sien est superbe.

Le matin dn vendredi saint, j'allai, & la chapelle Sixtine, entendre le fameux Miserere d*AIljegri, chanté par des soprani sans aucun instrument. C'était vraiment la musique des anges. Le soir, je me rendis à Saint-Pierre, les cent lampes de l'autel étaient éteintes. L'église ne se trouve plus éclairée que par une^croix illuminée et prodigieusement brillante. Cette croix a pour le moins vingt pieds de hauteur, et paraît être suspendue d'une manière magique. Nous vîmes entrer le Pape, qui s'agenouilla ; il' était suivi de tous les cardinaux qui l'imitèrent; mais ce qui, je l'avoue, me surprit et me scandalisa môme, ce fut de voir, pendant la prière du Saint-Père, une quantité d'étrangers se promener dans l'église avec la même liberté que s'ils étaient dans le jardin du Palais-Royal.

Le jour de Pâques, j'eus soin de me trouver sur la place de Saint-Pierre, pour voir le Pape donner la bénédiction. Rien n'est plus solennel. Cette place

immense est couverte dès le grand matin par des groupes de paysans et d'habitants de la ville voisine, tous en costumes différents, de couleurs fortes et variées ; on y rencontre un grand nombre de pèlerins. Et pas un de ces groupes ne se divise. Les galeries de chaque côté de Téglise étaient remplies de Romains €l d'étrangers, puis, en avant, se trouvaient placées les iroupes du pape et les troupes suisses^ enseignes et drapeaux déployés. Le plus religieux silence ré- SiuiH partout. Ce peuple était aussi immobile que le superbe obélisque de granit oriental qui orne la place;

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on n^entendait que le bruit de Teau qui tombait des deux belles fontaines, et qui se perdait doucement dans llmmensité de la place.

A dix heures le pape arriva, tout habillé de blanc, et la tiare sur la tête. Il se plaça dans la tribune du milieu en dehors de Téglise, sur un magnifique trône cramoisi très élevé. Tous les cardinaux, vêtus de leur beau costume, Tentouraient. Il faut dire que le pape Pie VI était superbe. Son visage coloré n'oilrêit aucune tracé des fatigues de l'âge. Ses mains étaient très-blanches et potelées. Il s'agenouilla pour lire sa prière ; après quoi, se levant, il donna trois bénédictions en prononçant ces mots : urbi et orbi (à la ville et au monde). Alors, comme frappés par un coup d'électricité, le peuple, les étrangers, les troupes, tout le monde se prosterna, tandis que le canon retentissait de toutes parts; ce qui ajoute encore à la majesté de celte scène^ dont il est, je crois, impossible de ne pas se sentir attendri.

La bénédiction donnée, les cardinaux jettent de la tribune une grande quanlité de papiers, que l'on ma dit porter des indulgences. C'e^t à ce moment seulement que les groupes dont j*ai parlé se rompent, se confondent; qu'un millier de bras s'élèvent pour saisir un de- ces papiers. Le mouvement, l'ardeur de cette foule qui s'élance et se presse, est au-dessas de toute description. Lorsque le pape se retire, la musique des régiments joue des fanfares, et les troupes déûlent ensuite au son des tambours.

Le soir^ le dôme de Saint-Pierre est illuminé^ d'abord en verres de couleurs, puis subitement en

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