‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 204 sur 293 · II · texte numérisé non relu

II

pondre, ils commencèrent par prendre ma tabatière d'or qui était sur ma table de nuit. Puis ils tàtèrent si je n'avais point d'argent sous ma couverture, dont l'un se mit tranquillement à couper un morceau avec son sabre. Un d'eux, qui paraissait Français, ou do moins qui parlait parfaitement notre langue, leur dit bien : Rendez-lui sa boîte ; mais, loin d'obéir à celle invitation, ils allèrent à mon secrétaire, s'emparèrent de tout ce qui s'y trouvait, et mes armoires furent pillées ^ Enfin, après m'avoir fait passer quatre heures dans la terreur la plus affreuse, ces terribles gens quittèrent ma maison, où je ne voulus pas rester davantage.

Mon désir aurait été de gagner Saint-Germain, mais la route était trop peu sûre. J'allai me réfugier chez une excellente personne, qui logeait au-dessus de la machine de Marly, près du pavillon de madame Dubarry. D'autres femmes, effrayées comme moi, avaient déjà choisi cet asile. Nous dtnions toutes ensemble, et nous couchions six dans une même chambre, où il me futimpossible de dormir, les nuits se passant en alertes continuelles, outre que j'éprouvais les plus vives inquiétudes pour mon pauvre domestique à qui je devais la vie. Cet honnête garçon avait voulu rester dans ma maison, afin de tenir tête aux soldats, et de répondre à leur exigence, ce qui me faisait trembler

* Je D*en fus pas quitte pour cette fois. Au retour des étrangers en 1815, il revint des Anglais à Louveciennes ; ils me prirent, entre autres choses, un superbe coffre de laque, que j'ai beaucoup regretté, parce qu'il m'avait é(é donné à Saint-Pétersbourg par mon ancien ami le comte Strogouoif. {Note de fauteur.)

Page 1