ENVOI A MADAME LE BRUN
J*ai parlé de ses mœurs, J*ai parlé de sa vie, Mais pour la peindre il fallait vos couleurs.
Et de vos pinceaux enchanteurs
La douce et brillante magie.
Je n'ai pu seulement qu'ébaucher le portrait.
Dont votre art et votre génie
Offriront un tableau parfait.
Si je donnais des tableaux, on m'en donnait aussi, et
de la manière la plus aimable. J'avais souvent témoigné le désir que mes amis s'emparassent des panneaux de mon salon à Louveciennes pour m'y laisser un souvenir. Par un beau jour d'été, à quatre heures du matin, et pendant mon sommeil, M. le Prince de Grespy, le baron de Fcisthamel, M. de Rivière et ma nièce Eugénie Le Brun, se mirent silencieusement à l'ouvrage ; à dix heures, chacun avait rempli son encadrement. On peut juger de ma surprise lorsqu'étant descendue pour déjeuner, j'entrai dans mon salon et le trouvai orné de cescbarmantes peintures ainsi que de bouquets de fleurs, c'était le jour de ma fête. Les larmes me gagnèrent, ce fut le seul remercîment que reçurent mes amis.
A Paris, je n'avais point renoncé à mes soirées du samedi. La mort m'avait enlevé mon cher abbé Delille, et plusieurs autres gens de lettres qui longtemps en avaient fait le charme. Mais j'avais formé de nouvelles liaisons, dont quelques-unes m'étaient devenues bien chères. Je parlerai d'abord de M. Briffaut, que madame de Bawr avait présenté chez moi ; M. Briffaut, aujourd'hui académicien, était l'auteur d'une tragédie jouée à la Comédie-Française avec le plus grand succès {Ninus JI), et d'une foule de vers charmants; il est certain que son talent seul m'aurait engagée à le rechercher, mais je ne pus le voir souvent sans m'attacher réellement à lui : outre qu'il est impossible de rencontrer un homme dont le commerce soit plus doux et plus sûr, il possède une qualité malheureusement fort rare parmi les gens de lettres; il est exempt d'envie, c'est dans toute la franchise de son âme qu'il se ré-