‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 214 sur 293 · CHAPITRE XXXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIY

jouit d'an succès en littérature, obtenu par un autre que lui, et jamais il n'a critiqué amèrement l'ouvrage qui renfermait quelques beautés.

Le style épistolaire de M. Briffaut est tout & fait remarquable sous les rapports de la grâce et de l'esprit. Lorsque j'habitais ma campagne et qu'il ne pouvait venir me voir, il m'écrivait; je puis dire que ses lettres me dédommageaient presque de son absence ; amitié à part, il en est plusieurs qui peuvent être comparées à celles de madame de Sévigné ; aussi les ai-je toutes gardées soigneusement.

Je voyais de même fort souvent M. Després et M. Aimé Martin. M. Després *, un des hommes les plus spirituels que j'aie connus, fut rapidement enlevé à la société, qui regrettera toujours ses talents, son honorable caractère et sa conversation si brillante. M. Aimé Martin ^, j'espère, sera conservé longtemps à l'affection de ses amis, et à Testime du public qui

^ Jean-Baptiste-Denis Després, né à Dijon le 24 Jain 1752, et mort à Paris, le 2 mars 1S32. Il a été Journaliste, coneelller d'Ëtat, en Hollande, membre du conseil de rUni?ersité de France, antear dramatique et traducteur d'ouvrages anglais et latins. Ses pièces ont été jouées sur les thé&tres de l'Opéra, du Vaudeville et des Variétés.

* Louis-Aimé Martin, né à Lyon, en 1781, est mort à Paris, le 23 Juin 1847. Il est l'auteur des Lettres à Sophie sur la phyùque^ la chimie et l* histoire naturelle; De l'éducation des mères de famille, ouTrage couronné par l'Académie française, etc., etc. Il avait été l'ami de Bernardin de Saint-Pierre, et après sa mort il épousa Fa veuve et adopta sa fille, mademoiselle Virginie. Aimé Martin a été professeur de littérature française à TÉcole polytechnique, et conservatenr à la bibliothèque Sainte-Geneviève.

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23 i SOUVENIRS DE MADAME VI6ÉB LE BRUN.

lui doit plusieurs ouvrages écriU du meilleur style, et pleins d'une morale attrayante.

On m'avait amené aussi M. Désaugiers^. Son esprit, sa joyeuse flgure, suffisaient pour égayer un repas. J'eus le plaisir de lui donner quelquefois à dîner, et je me souviens que cette pauvre princesse Kourakin s'invitait toujours ces jours-là, disant que M. Désaugiers faisait ses délices; au dessert, il ne nous refusait jamais quelques-unes de ces charmantes chansons. On sait qu'il en est un grand nombre que rien n'égale pour la verve et la franche gaieté; le comte de Forbin ^, qui les connaissait toutes, avait soin de lui demander les meilleures, et notre indiscrétion ne parvenait pas à lasser sa complaisance.

Les chansons de Désaugiers, c'était luî-:mème : ce poète joyeux offrait le type parfait de ce qu'on ap-

1 Harc-AntoiDC-HadeleiDe Désaugiers, né à Fréjos, le 17 novembre 1773, et mort à Paris, le 9 août 1827, a composé, presque toujours avec succès, un grand nombre de pièces pour les théâtres Français et Italien, pour l'Opéra-Comique, l'Odéon, le Vaudeville et les Variétés. Sa parodie de TOpéra : les Petites DanoSdes, a été Jouée plus de quatre cents fois. Désougiers, qui a eicellé dans la chanson bachique, grivoise, satirique et plaisante, fut aimé et estimé de tout le monde ; aussi, quelque temps avant sa mort, il disait, dans sa demfôre chanson, ne pas comprendre que la Providence lui eût Jeté la pierre, à lui qui n'avait Jamais fait de mal à personne.

< Louis -Nicolas-Philippe- Auguste, comte de Forbin, peintre, archéologue et littérateur, e^t né au château de La Roque d'Aniheron, près de Lambesc ( Bouches -du-Rhùne), le 19 août 1777, et mort i Paris le 23 févner 1811. Le comte de Forbin a été membre de rinstitut, directeur général du Musée du Louvre, chevalier de l'ordre de Saint-Michel et commandeur de Tordre de la Légion d'honneur.

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