‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 221 sur 293 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

dont la régularité tout à fait sépulcrale me plut inûniment. J'aime que les cimetières soient réguliers, au point que, celui du Père-La-Chaise excepté, je préfère celui-ci à tout ce que j-ai vu dans ce triste genre. G'eKt un grand terrain carré, bordé tout autour par une allée de platanes. Les tombes de pierre blanche f ravaillée avec soin sont toutes de forme antique et placées régulièrement entre les arbres, où des cyprès, des fleurs et une grille noire, les entourent. Dans une des allées sont des pyramides d'un aspect sombre et grandiose, qui renferment une chambre où le cercueil est placé. Au milieu du terrain est la fosse commune semée de simples croix noires. L'uniformité qui règne dans ce lieu présente un coup d'œil qui satisfait les regards et l'esprit; on se croit dans les champs Élyséens, et je ne suis sortie qu'à regret de ce dernier asile de l'homme.

Je voulus voir le temple des juifs, bâti sur le modèle du temple de Salomon. C'est un monument très-intéressant, et si mystérieux qu'il invite à la prière. Je courus aussi visiter les débris du cirque de Gallien, ces débris sont si imposants! Il ne reste plus que quelques murailles, néanmoins, on peut admirer encore des fragments d'antiquités romaines, tels que la porte basse, et un amphithéâtre de deux cent sept pieds de long sur cent quarante de large.

La salle de spectacle, qui est superbe, et beaucoup d'antres monuments font de Bordeaux une des plus belles, sinon la plus belle ville de la France, après la capitale.

Je me sus fort bon gré d'avoir entrepris cette Ion-

giie course, d'aulant plus que, grâce à mon amour pour les ruines, je rapportais un portefeuille plein de dessins faits en route. Si j'apercevais sur mon chemin une vieille tour, aussitôt arrivée à mon auberge, je courais, je grimpais pour la voir de près. Souvent, quand je me mettais à dessiner, quelques habitants de l'endroit venaient m'entourer. Un jour que je me lamentais avec ces bonnes gens sur tant de destructions, un d'eux me dit : «Je vois bien que madame la comtesse avait aussi des châteaux par ici. — Non, répondis-je, mes châteaux, à moi, sont en Espagne. )> Le titre de comtesse dont je me voyais gratifiée ne me surprenait nullement, j'étais accoutumée à me voir traitée en grande dame ; dans toutes les auberges où je m'arrêtais on me prodiguait les titres. Mais comme je devais cet honneur à ma voiture, qui était fashionable, je n'en devenais pas plus ilère, j'en payais seulement davantage. Ma santé s'était un peu remise, et je revins à Paris l'esprit beaucoup moins noir.

Ce petit voyage est le dernier que j'aie entrepris depuis lors jusqu'à ce jour. Je repris mes habitudes et mon travail, qui, de toutes les distractions, a tou» jours été pour moi la plus douce. Quoique j'eusse eu le malheur de perdre tant d'êtres qui m'avaient été chers, je ne restai point isolée. J'ai déjà parlé de madamede Rivière, manièce, qui par sa tendresse et ses soins fait le charme de ma vie; je dois aussi parler de monautre nièce, Eugénie LeBrun, maintenant madame J. Tripier LcFranc. Ses études m'empochèrent d'abord de la voir aussi souvent que je l'aurais voulu ; car, dès sa première jeunesse, elle promettait déjà, parson

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