‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 246 sur 293 · MADAME GBIMOD DE LA REYNIÈRE · texte numérisé non relu

MADAME GBIMOD DE LA REYNIÈRE

se trouvait à ramphithéâtre de TOpéra, où l'on représentait un nouveau ballet, un homme de petite taille, placé derrière lui, maudissait tout haut ce mur de nouvelle espèce qui lui cachait totalement le théâtre ; las de ne rien voir, le petit commença par introduire un de ses doigts dans le toupet^ puis deux, et finit par former une sorte de lorgnette, à laquelle il appliqua son œil. Pendant tout ce manège, M. de La Reyniènre ne bougea pas, ne dit mot ; mais, le spectacle fini, il se lève, arrête d'une main le monsieur qui s'apprêtait à sortir, et de l'autre tirant un petit peigne de sa poche : (( Monsieur, dit-il avec un grand sang- froid, je vous ai laissé faire tout ce qu'il vous a plu de mon toupet pour vous aider à voir le ballet à votre aise ; mais je vais souper en ville ; vous sentez qu'il ne m'est pas possible de me présenter dans l'état où vous avez mis ma coiffure, vous allez donc avoir la bonté de la raccommoder, ou nous nous couperons demain la gorge ensemble. — Monsieur, répondit l'inconnu en riant, à Dieu ne plaise que je me batte avec un homme aussi complaisant que vous l'avez été pour moi ; je vais faire de mon mieux ; » et, prenant le petit peigne, il rapprocha les cheveux tant bien que mal, après quoi tous deux se séparèrent les meilleurs amis du monde.

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