II
Dans un cœur aussi bon que le sien, chez une Ame aossî sensible, aussi délicate, la perle d'une telle compagne devait produire une blessure que le temps ne pouvait qu'élargir, et c'est ce qui arriva. Après la mort de madame d'Hoadetot, la santé du comle Adolphe déclina lentement, malgré les soins pieux et lendres des enfants qu'il chérissait, et sa vie s'éteignit le 30 juillet 1869.
Peu d'hommes ont été aussi heureusement doués poor lui et pour les autres que le comte Adolphe d'Houdetol. Il était beau, grand, bien fait, agile, adroit à tous les exercices du corps, d'une physionomie vive, franche et dîa|* *..guée. Sa conversation était à la fois spirituelle et originale et toujours bienveillante. Son humeur plaisante s'exerçait toujours avec bonté, et son esprit, malgré sa pointe gantoise, ne blessait jamais personne. Loin de là, le trait qui sortait de sa bouche, s'il paraissait, au début, dirigé contre un ridicule ou un défaut chez autrui, se transformait et devenait un éloge. Toute sa personne exprimait l'esprit, la bonté, la générosité, la loyauté. A toutes les qualités viriles du parfait honnête homme, il joignait la grâce vive et alerte d'une femme d'esprit, la grâce de sa grand*mère, la charmante comtesse, telle que la représente J.-J. Rouœean. Aussi était-il impossible de voir le comte Adolphe sans l'aimer de suite et Toubller jamais.
11 avait dans le cœur un feu de bonté qui le faisait accoorir vers toutes les infortunes, et il mettait à faire le bien l'énergie, l'activité et l'intelligence, que les hommes D*apportent d'ordinaire qu'au service de leurs passions et de leurs intérêts. Pour rendre service, il en recherchait avec ardeur l'occasion ou le prétexte, et il obligeait avec tant d'esprit, de grâce et de modestie, que les rOles semblaient intervertis, et qu'aux yeux d'un témoin étranger, l'obligeant paraissait l'obligé. Il avait cette pudeur de cœur qui se dérobe à la reconnaissance.
Plusieurs fois il arracha à une mort certaine des malheureux qui se noyaient en se jetant tout habillé à la nage. La ' dernière fois, il avait plus de soixante ans.
Il"
LA COMTESSE D'UOUDETOT. 303
Téaioin des frcqucnls naurrages qui ont lieu sur les côtes, soD esprit actif et ingénieux inventa le canon porteamarre, auquel bien des* existences doivent di^jâ d'être conservées^ et dont tous les poris seront bientôt munis. Il en fit établir deux et les donna à la ville du Havre^ en gardant & sa charge tous les frais, et ne voulant pas davantage prendre un brevet pour son invention, afin de ne pas augmenter le prix d'une arme qui, contrairement à l'usage qu'on en avait fait Jusqu'alors, disait-iJ, devait sauver la vie au lieu de donner la mort. •
Cette tendresse intrc^pide de cœur qu'avait le comte Adolphe pour l'humanité entière, on peut penser comment elle s'exerçnit pour les siens et pour ses amis. Nous l'avons vu, quittant ses affaires, accourir de cinquante lieues pour cor Boler d'un grand chagrin Tun de ses amis.
Le comte d'Houdetot a composé plusieurs traités de chasse qui font autorité en matière de vénerie, et dans lesquels on retrouve sa verve originale et humoristique: le Chasseur rustique^ les Chasses exceptionnelles j la Petite Vénerie, le Braconnage et contre-braconnage, le Tir au fusil de chasse, à la carabine et au pistolet, les Femmes' chasseresses. Il a publié aussi une galerie de portraits fantaisistes largement esquissés lies Types militaires, et un recueil de pensées : Dix épines Pour une fleur, qui dénotent un observateur sérieux de la nature humaine.
Dans sa jeunesse, il avait composé des pièces de théâtre dont plusieurs ont eu un véritable succès, entre autres VÉducation d'Achille. On a aussi de lui des vers pleins de verve et de gaieté gauloises, ou empreints de la tendresse de son cœur. En voici quelques-uns :
Au bas d'une statuelte représentant Diane chasseresse.
pAur ponir Actéon d'avoir va les appis, FeifcDaiil d'être eo courrous, Diaue lui fit la nicbe De le changer en cerf; mais ce qu*oa ne dit pat, Cest qu'un instant après la déesse était bi che.
304 SOUVENIRS DE MADAME VI6ÉE LE BRUiN.
Au bas d'une peinture représentant ses deux enfants.
De mes meilieurt aroti Yotei les denx portriils;
La gràoe et la bonlé brilleot dans tout leun traita.
Pour nftieuz lea atoir, teli qae mon eœur les aime»
J'ai pria le bon parti je let ai faits moi-néme.
— Les purtraiis? non
Au bas du portrait de son peltt-fifs^ Georges Malherbe.
Cher petit chérubin, un baiser t*a fait asî i«*. Par un baiser un jour, tu transmettras Ion èlre. Puisse un baiser d'ani, plus tard fermant t^s yeux. De baiser en baiser te reporter aux cieui !
Ne retrouve-(-OD pas dans ces jolis quatrains le même filon de tendresse, le même mouvement gracieux du cœur, aussi la même allure et le même caraclëre po<^tique que dans les vers de madame d'Houdelot, la grand*mère du comle Adolphe ? Il nous semble qu'il en est ainsi.
Le comte Adolphe d'Houdetot a laissé après lui deux en- Tants dignes de lui : une flile, madame Malherbe de Maraimbois, et un flls^ le comte France-Rdgard d'Houdetot, marié le 8 Juillet 1867 à mademoiselle Galos, fille de Tancien député.