‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 266 sur 293 · LE PRINCE DE NASSAU · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE NASSAU

à peu près vingt ans lorsqu'il suivit Bougainviile dans son voyage autour du monde, et s'enfonça dans les déserts, où rinlrépidité qu'il déploya lui valut le surnom de dompteur demonsires; depuis, vainqueur sur mer, vainqueur sur terre, il s'est, je crois, battu contre toutes les nations du globe ; toujours guerroyant, toujours en activité, il a parcouru le monde d'une extrémité à Tautre ; aussi disait-on qu'il fallait lui adresser ses lettres sur les grands chemins.

Rien dans la figure et dans tout l'aspect du prince de Nassau n'annonçait le héros d'une histoire aventureuse ; il était grand, bien fait, avait des traits réguliers avec une grande fraîcheur de -carnation ; mais l'extrême douceur et le calme habituel de sa physionomie ne laissaient présumer ni tant de hauts faits, ni cette valeur intrépide qui le signalait entre tous; à Vienne, où je l'ai retrouvé pendant l'émigration, j'avais mené ma fille chez Casanova, qui dans plusieurs tableaux avait représenté le prince de Nassau terrassant des tigres, des lions, et d'autres animaux féroces ; peu de temps après, un soir que nous nous trouvions chez la princesse de Lorraine, on annonça le prince de Nassau; ma fille, qui s'attendait à contempler un homme d'une physionomie farouche, me dit tout bas : — Comment ! c'est-là celui dont j'ai tant entendu parler? mais il a l'air doux et timide comme une demoiselle qui sort du couvent.

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