LA DUCHESSE DE POLTGNAG
II n'est point de calomnie, point d'horreurs que l'envie et la haine n'aient inventés contre la duchesse de Polignac ^; tant de libelles ont été écrits pour la perdre, que, joints aux vociférations des révolutionnaires, ils ont dû laisser, dans l'esprit de quelques gens crédules, l'idée que l'amie de Marie-Antoinette était un monstre. Ce monstre, je l'ai connu : c'était la plus belle, la plus douce, la plus aimable femme qu'on pût voir.
Quelques années avant la révolution, la duchesse de Polignac vint chez moi, et j'ai fait plusieurs fois son portrait de même que celui de sa fille, la duchesse de Guiche 3.. Madame de Polignac avait l'air si jeune qu'on pouvait la croire sœur de sa fille ; et toutes deux étaient les plus jolies femmes de la cour. Madame de Gniche aurait parfaitement servi de modèle pour représenter une des Grâces; quanta sa mère, je n'essayerai pas de dépeindre sa figure; cette figure était céleste.
i Yolande-Hartine-Gabrielle de Polastroo, dacbesse de Polignac, est née en Fraoce, vers 1749, et morte à Vienne, en Aatricbe, le 9 décembre 1793. Le fameux livre rooge ayant révélé les prodigalités de la conr, Mirabeau comparant, un Jour, les sommes accordées à la famille de Polignac avec celles données à la famille d'ÂssaSp s'écria : « Mille écus à la famillo d'Assns pour avoir aaavé i*Êtat, et un million à la famille de Polignac pour l'avoir perda. »
' La plupart de ces portraits, notamment celui que J'ai fait au pastel de la duchesse de Guiche, sont ches madame la comtene de Vaudreuil. {Noie de fauteur.)
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La duchesse de Poligoac joignait à sa beauté, vraiment ravissante, une douceur d'auge, l'esprit à la fois le plus attrayant et le plus solide. Tous ceux qui l'ont connue intimement peuvent dire que l'on s'expliquait bien vite comment la Reine l'avait choisie pour amie, car elle était véritablement l'amie de la reine ; elle dut à ce titre celui de gouvernante des enfants de France ; aussitôt, la rage de toutes les femmes qui désiraient cette place ne lui laissa plus de repos; mille calomnies atroces furent lancées sur elle. Il m'est arrivé souvent d'entendre, discourir les personnes de la cour qui lui étaient opposées, et j'avoue que je m'indignais d'une nûéchanceté si noire et si persévérante.
Ce qu'aucun courtisan ne pouvait croire, quoique ce fût l'exacte vérité, c'est que madame de Polignac n'avait point envié la place qu'elle occupait : il se peut que sa famille se réjouit de l'y voir élevée; mais ellemême n'avait cédé qu'à son respect pour le désir de la Reine et aux instances réitérées du roi ; ce qu'elle ambitionnait avant tout, c'était sa liberté, au point que la vie delà cour ne lui convenait nullement; indolente, paresseuse, le repos aurait fait ses délices^ et les devoirs de sa place lui semblaient le plus lourd fardeau. Un jour que je faisais son profil à Versailles, il ne se passait pas cinq minutes sans que notre porte s'ouvrit; on venait lui demander ses ordres, et mille choses qu'il fallait pour les enfants. — « Eh bien I me dit-elle enfin d'un air accablé, tous les matins ce sont les mêmes demandes, je n'ai pas un instant à moi jusqu'à l'heure du dîner, et le soif d'autres fatigues m'attendent encore. »
Au châleau de la Muette, dans lequel elle passa la belle saison, elle jouissait d'un peu plus de liberté. Les enfants de France s'y plaisaient extrêmement, et elle y donnait de petits bals sans prétention où l'on s'amusait beaucoup. C'est là qu'elle est accouchée du comle Melchior de Polignac, en même temps que sa fille accouchait du dUc de Guiche acluel.
Peu de temps avant la révolution, elle supplia le roi . d'accepter sa démission qu'il ne voulut pas recevoir; toutefois, sa santé l'obligeant à se soigner, elle obtint d'aller prendre des bains renommés en Angleterre, et elle partit, dans la ferme intention de quitter sa place à son retour ; mais j'ai su positivement que le roi» effrayé du chagrin qu'allait éprouver la reine, se mit à ses genoux pour obtenir qu'elle restAt gouvernante des enfants de France. On sent bien qu'une favear aussi éclatante, aussi soutenue, excitait la fureur des envieux. Un redoublement de haine s'éleva contre la favorite ; il servit merveilleusement la révolution qui s'avançait, et qui vint bientôt frapper et les Polignac et leurs ennemis. *