‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 274 sur 293 · ROBERT · texte numérisé non relu

ROBERT

vragcs étaient souvent parfaits. On en connaît de lui qui font très-bien pendant à ceux de Vernet.

De tous les artistes que j'ai connus, Robert était le plus répandu dans le monde, que du reste il aimait beaucoup. Amateur de tous les plaisirs, sans excepter celui de la table, il était généralement recherché, et je ne crois pas qu'il dînât chez lui trois fois dans Tannée. Spectacles, bals, repas, concerts, parties de campagne, rien n'était refusé par lui ; car tout le temps qu'il n'employait point au travail, il le passait à s'amuser.

Il avait de l'esprit naturel, beaucoup d'instruction, sans aucune pédanterie, et l'intarissable gaieté de son caractère le rendait l'homme le plus aimable qu'on pût voir en société. De tout temps, Robert avait été renommé pour son adresse àtous les exercices du corps, et dans un âge fort avancé il conservait encore les goûts de sa jeunesse. A soixante ans passés, quoiqu'il fût devenu fort gros, il était resté si leste, qu'il courait mieux que personne dans une partie de barres, jouait à la paume, au ballon, et nous réjouissait par des tours d'écolier qui nous faisaient rire aux larmes. Un jour, par exemple, à Colombes, il traça sur le parquet du salon une longue raie avec du blanc d'Espagne ; puis, costumé en saltimbanque, un balancier dans les mains, il se mit à marcher gravement, à courir sur cette ligne, imitant si bien les attitudes et les gestes d'un homme qui danse sur la corde, que l'illusion était parfaite, et qu'on n'a rien vu d'aussi drôle.

Étant élève à l'académie de Rome, Robert avait au plus vingt ans, lorsqu'il paria six cahiers de papier

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gris avec ^es caviarades, qu*U monterait tout seul aa plus haut du Coly3ée. L'étourdi, biea qu'en risiiiiant DQiLle rois sa vie, parvii^t en effet jusqu'au fatte; mais, lorsqu'il lui fallut descendre, n'ayant plus les aaillies de pierres qui l'avaient aidé à monter, on Tut obligé de lui jeter par une des fenêtres une corde qu'il saisit, à laquelle il s'attacha, et, lancé dans l'espace, il eul le bonheur qu'on réussit à le faire rentrer dans l'intérieur du monument. Le seul récit de ce tour de force fait dresser, les cheveux. Robert est le seul homme qui ait jamais osé le tenter, et cela pour six cahiers de papier gris 1 . ...

C'est encore Robert qui s'est perdu & RoiBe dans les catacombes, et que l'abbé Delille a célébré dans son po&me de rimagmation K Madame de GroUier, qui, comme nous, connaissait par Robert Taventnre des catacombes, après avoir entendu les vers de l'abbé Delille, disait : «L'abbé Delille m'a fait plus déplaisir, mais Robert plus de peur, u

Le bonheur dont fut accompagnée toute la vie de Robert semble avoir présidé aussi à sa mort. Le bon, le joyeux artiste n'a point prévu sa fin, n'a point enduré les angoisses de l'agonie ;. il était fort bien portant, et tout habillé pour aller dîner en ville ; madame Robert, qui venait elle-même de terminer sa toilette, passa dans l'atelier de son mari ppiijr l'avertir q^u^elle était preste, et le trouva mort, frappé d'un coup d'apo* plexie foudroyante,

* A la fln du 4' chaot de ce poSme.

U COMTESSE, DB' S&BRAN. , 3»f

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