MADAME DB VERDUN
réunissaient la société la plus aimable, composée d'artistes, de gens de lettres et d'hommes spirituels. Garmontel, ami intime des maîtres de la maison, nous était d'une ressource extrême; il nous faisait jouer ses proverbes. D'ailleurs la conversation habituelle ne permettait pas que l'ennui nous gagnât, tant elle était vive et animée. Il serait inutile aujourd'hui de chercher à retrouver les jouissances qui provenaient alors du charme de la conversation. L'abbé Delille m'écrivait à Rome : « La politique a tout perdu ; on ne cause plus à Paris. » A mon retour en France, en effet, je ne me suis que trop assurée de cette vérité. Entrez dans quelque salon que ce soit, vous trouverez les femmes bâillant en cercle, et les hommes, dans un coin du salon, se disputant sur telle ou telle loi ; nous avons vu finir, comme tant d'autres choses^ ce qu'on appelait la conversation, c'est-à-dire un des plus grands charmes de la société française.
La révolution vint mettHre fin à tous les plaisirs de Colombes. Gomme on savait M. de Verdun fort riche, on ne tarda pas à le mettre en prison, et l'on peut Juger du désespoir de sa femme qui l'adorait. Il faut dire à l'honneur de l'humanité, qu'aussitôt que la nouvelle de sa détention fut arrivée à Colombes, les paysans s'assemblèrent et vinrent tous à Paris réclamer en pleurant leur bienfaiteur. Cette démarche empêcha les autorités d'oser le mettre à mort; néanmoins il restait toujours prisonnier, quand ces braves gens revinrent une seconde fois, et renouvelèrent leur demande avec tant d'instances, qu'ils obtinrent enfin sa liberté. Madame de Verdun, en apprenant cette nouvelle,
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éprouva une si grande joie, qu'elle en perdit la tète, au point qu'elle envoya 'chercher deux fiacres poor aller prendre son mari & la porte de la prison, pensant ainsi arriver plus vite.