CHAPITRE Y
de plus, il 7 avait une banquette dans le miliea. Uo énorme yalet de chambre vint s'y placer devant moi, de manière que songros dos me touchait et m'infectait» II est rare que je parle en voiture, et la conversation se bornait entre nous tous à rechange de quelques mots* Mais comme nous traversions les marais Pon* tins, j'aperQuft au bord des canaux un berger assis, dont les moutons paissaient dans une prairie tout émaillée de fleurs, au delà de laquelle on voyait la mer et le cap Circée* a Ceci ferait un charmant ta* bleau, dis-je h mon compagnon de voyage : ce ber* ger, ces moutons, la prairie, la mer I -^ Ces mou* * tons sont tout crottés, me réponditril ; c'est en An^ glelerre qu'il faut les voir, » Plus loin, sur le chemin de Terracine, à l'endroit (A Ton traverse une petite rivière en bateau, je vis à gauche la ligne des Apen* nins entourée de nuages superbes que le soleil cou* chant éclairait; je ne pus m'empêcher d'exprimer tout haut mon admiration : — Ces nuages ne nous promettent que de la pluie pour demain, dit mon homme»
Arrivés à Terracine, nous descendîmes h l'aubei^e pour souper et coucher. Ma fllle n'avait jamais vu la mer qu'en peinture, elle ne revenait pas de son éton* nement ; o 8ais*tu bien, maman, s'écriait-elle» que c'est plus grand que. nature 1 »
Nous demand&mes h souper ; je comptais beaucoup sur la poularde de M, Duvivier; mais vraisemblablement elle avait été oubliée, car nous fûmes réduits à nous contenter de deux mauvais petits plats, et nous nous re» mimes en route le lendemain matin fort mal restaurés.
Les chemins qui mènent à Naplcs sont charmants; on y troave de très-beaux arbres semés çà et là ; ils sont bordés des deux c6tés de rosiers sauvages et de myrtes odoriférants. J'étais enchantée, quoique mon compagnon préférât, disait-il^ les coteaux de Bourgogne qui promettent du bon s'm; mais je ne récoutais plus ; j'étais décidée à ne point me laisser refroidir par ce glaçon.
Enfin nous arrivâmes à Naples le lendemain, vers trois ou quatre heures. Je ne puis exprimer l'impression que j'éprouvai en entrant dans la ville. Ce soleil si brillant, l'étendue de cette mer, ces Iles que l'on aperçoit dans le lointain, ce Vésuve d'où s'élevait une forte colonne de fumée, et jusqu'à cette population si animée, si bruyante, qui diffère tellement de celle de Rome qu'on penserait qu'il existe entre elles mille lieues de distance; tout me ravit, mais le plaisir de me séparer de mon ennuyeux compagnon de voyage entra peut- être bien pour quelque chose dans ma sa* tisfaction. Je nommai ce monsieur mon éteignoir; c'est un titre dont souvent depuis j'ai gratifié quelques autres personnes.
J'avais retenu l'hôtel de Maroc, situé à Ghiaja, sur les bords de la pleine mer. Je voyais en face de moi l'île de Caprée, et cette situation me charmait. A peine y étais-je arrivée, que le comte Scawronski, ambassadeur de Russie à Naples, dont l'hôtel touchait le mien, envoya un de ses coureurs pour s'informer de mes nouvelles et me fit apporter aussitôt le dtncr le plus recherché. Je fus d'autant plus sensible à cette aimable attention, que je serais morte de faim avant