CHAPITRE VI
sur des champs entiers que ces laves, dans leur course, mettaient en feu. Je voyais ces terribles laves brûler les arbrisseaux, les arbres, les vignes ; je voyais la flamme s'allumer et s'éteindre, et j'entendais le bruit des broussailles voisines qu'elles consumaient.
«Cette grande scène de destruction a quelque chose de pénible et d'imposant, qui remue fortement l'âme ; je ne pouvais plus parler en revenant à Naples ; dans le chemin je ne cessais de retourner la tète pour voir encore ces gerbes et cette rivière de feu. C'est donc à regret que j'ai quitté ce spectaclft si grandiose ; mais j'en jouis par le souvenir, et tous les jours je me représente encore ses différents effets. J'en ai quatre dessins que je vous porterai à Paris. Deaz sont déjà en petite maquette ; on en est très* content ici.
c Donnez-moi de vos nouvelles, et de celles de nos amis, etc. »
Depuis lors je suis retournée plusieurs fois sur le Vésuve, un jour entre autres avec M. Lethière, trèshabile peintre d^histoire, qui a été directeur de l'Académie de Rome il y a peu d'années, et qui était venu alors à Naples pour y copier quelques tableaux, entre autres la Descente de croix de l'Espagnolet qu'on voit à la Chartreuse, et qu'il copia admirablement. M. Lethière était grand amateur du volcan. Je me souviens que ce jour était celui de la Chandeleur. Nous partîmes vers trois heures, avec deux amis de M. Lethière. Il faisait beau ; mais lorsque nous fûmes arrivés sur la montagne, il s'éleva un brouillard si épais qu'il ressemblait à une énorme fumée. Tout dis-
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parut à 008 yeux ; oos compagnons, quoiqu'ils fussent trè8«prèft de nous, étaient devenus invisibles ; en ua mot, c'était le néant. Ma petite mourait de peur^ et moi aussi. Pour comble de maibeur, l'humidité était e}[trême, et nous fûmes obligés de rester en place pendant une heure et demie. Enflni le brouillard se dissipant peu à peu, nous découvrîmes la mer et tout ce qui Tenvironne jusqu'aux Iles les plus lointaines ; cette création fut admirable.
J'avais fait porter notre dîner cbes l'ermite, près le palais de Tibère^ et nous l'avions invité à le partager avec nous, Avant la fin du repas, l'ermite se leva et passa derrière un vieux rideau qui touchait presque la table. 11 resta \h tout un quart d'heure ; quand il re< vint, je lui demandai pour quel motif il nous avait quittés: — C'est, dit-il, que je viens de faire ma prière auprès de mon compagnon qui est mort oette nuit, et qui est là sous ce rideau. A ces mots, on peut imaginer si je me levai à mon tour et si je sortis pour aller respirer le grand air.
Nous remontâmes vers le Vésuve, pour voir le Qoucher du soleil. Son disque brillant, d'où partaient d'immenses rayons, se réfléchissait dans la mer« Nous fûmes dans l'extase à la vue de ce superbe ta« bleau et de tout ce qui l'encadrait. Nous revînmes h Naples, rapportant nos croquis. H. Letbière, peu* dant cette excursion, fit un dessin dans lequel il me peprésenta assise sur mon Ane et.descendant delà montagne avec eux.
Une des plus charmantes parties que j'aie faites 1^ NapUst c'est un petit voyage de cinq jours que le obe*
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filîer me flt entreprendre pour visiter les Ues d'behift elde Procida. Nous partîmes h cinq heures du matin. J'étais dans nue felouque aveo madame Harte et sa mère, le obeyalier et quelques musiciens* Il fai^ Hit le plus beau temps du monde ; la mer était calme au point de ressembler h un grand lac, A peu de dis* lanoe, on voyait le coteau du mont Pausilipe, que le soleil éclairait d'une façon ravissante. Tout cela m'aurait porté à une douce rôverie, si nos rameurs n'avaient point orié h tue tête, ce qui m'empôoba de suivre une senle idée.
A neuf beures et demie nous arrivâmes k Procidap et noua flmes aussitôt une promenade pendant laqoelle je fus frappée de la beauté des femmes que nous rencontrions sur notre cbemin. Presque toutes étaient grandes et fortesi et leurs costumes ainsi que leurs visages rappelaient les femmes grecques. Je vis peu d'babitatioDs agréables, rtle étant généralement cultivée en vignes et en arbres fruitiers, A midi nous allftmes dloer cbes le gouverneur ; de la terrasse de son cbliteau. on décolorait le cap Misftne, TAcbéron, les Gbamps^Élysées epfln, tout ce que Virgile a décrit; cea divers points de vue sont assez rapprochés pour qu'on puisse en distinguer les détails, et le Vésuve se voit dans le lointain.
Après dîner, nous remontâmes sur la felouque pour aller débarquer à Isohia vers les six beures du soir. Dn des plus jolis effets que j'ai vus tout en arrivant, fût celui d'une quantité de maisons bâties eàet là sur des monts et très^éclairées, ce qui présen* tait à l'œil comme un second firmament. J'allai
is.
joindre madame Silva, mon aimable Portagaise, pour parcourir avec elle une partie de Ttle, qui est char* mante ; tout son territoire est volcanique , elle a quinze lieues d'étendue, et partout on trouve des traces de foyers éteints. La plupart des montagnes, qui sont en très-grand nombre et fort près les unes des autres» sont cultivées. Saint-Nicolas, qui est le mont le plus élevé des environs de Naples, est plus haut que le Vésuve.
Nous trouvâmes àischia une société très-aimable et entre autres celle du général baron Salis; le lendemain matin, à six heures, nous partîmes au nombre de vingt personnes, toutes montées sur des ânes, pour aller dîner au mont Saint-Nicolas. On ne peut se faire une idée des chemins qu'il nous fallut prendre; les sentiers étaient des ravins profonds, pleins d'énormes pierres noircies par le feu; et les hauteurs de ces ravins étant cultivées, cette terre fertile, près de cette terre désolée, offrait un contraste étrange. Nous suivîmes entre autres un chemin à pic rempli de laves grosses comme des maisons,* qui ressemblait tout à fait au chemin de l'enfer. Cette superbe horreur nous conduisit dans un lieu de délices, sous des berceaux de vignes parfaitement cuUivées, et près d'une très-belle forêt de châtaigniers. Là, j'aperçus une seule petite habitation, que mon guide me dit être celle d'un ermite. L'ermite était absent ; je m'assis sur son banc, et je découvris, par une percée de la forêt, la mer et les lies Gyrèncs, que la vapeur du matin entourait d'un ton bleuâtre. Je croyais faire un rêve enchanteur ; je me disais : certainement la