‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 43 sur 293 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Noas traversâmes toute la ville pour aller dîner au bord de la mer, où Ton nous servit d'excellents poissons. L'amphithéâtre de Pouzol, quoiqu'il soit en ruines, est encore fort curieux à voir. Il y reste quel* qnes gradins placés en face de la mer, devant de grands rochers creux, et l'on prétend que c'était dans ces antres que les acteurs anciens jouaient les tragédies avec des masques caractéristiques et des porte-* ^oix. Après le dtner, nous primes une barque qui nous conduisit au promontoire de Misène. Là, nous foulions aux pieds des morceaux brisés des marbres les plus précieux ; car Misène a été détruite de fond en comble par les Lombards et les Sarrasins ; il n'y reste que le grand souvenir de Pline.

Que de lieux de délices ne sont plus maintenant que des lieux de mort ! Baies ! si renommé chezles Romains qui venaient y prendre les eaux, Baies n'est plus qu'un Amas de ruines informes sur lesquelles plane un air infect; aussi le rivagedé cette mer est-il désert. On voit encore à Baies les restes de trois temples, celui de Vénus, de Mercure et de Diane, dont les eaux du lac Aveme couvrent aujourd'hui les soubassements. Mais ilne reste pas même de vestiges de ces palais magni* ^ques, de ces belles terrasses : la mer a tout englouti. Sitôt que j'avais été de retour à Naples, j'avais comlûencé le portrait de la reine ; bien loin qu'il m'arrivât Je môme inconvénient qu'avec Paësiello, il faisait alors SI cruellement chaud, qu'un jour que Sa Majesté me donnait séance, nous nous endormîmes toutes deux. Je * prenais plaisir à faire ce portrait. La reine de Naples, sans être aussi jolie que sa sœur cadette, la reine de

France, me la rappelait beaucoup; soq visage était fatiguéf mais Ton pouvait encore juger qu'elle avait été belle ; et ses mains et ses bras surtout étaient la perfection pour la forme et pour le ton delà couleur des chairs. Cette princesse, dont oh a dit et écrit tant de mal, était d'un naturel affectueux et très-simple dans son intérieur; sa générosité était vraiment royale : le marquis de Bombe! les, ambassadeur à Venise en 1790, fut le seul ambassadeur français qui refusa de prêter serment à la Constitution; la reine ayant appris que, par cette conduite noble et courageuse, M. de Bombelles, père d'une famille nombreuse, était réduit à la position la plus cruelle, lui écrivit de sa propre main une lettre de félicitation. Elle ajoutait que tous les souverains devant se regarder comme solidaires en reconnaissance pour les sujets fidèles, elle le priait d'accepter une pension de douze mille francs. Trois des enfants de M. de Bombelles ont aujourd'hui dans le monde des positions brillantes. L'alné, le comte Louis de Bombelles, €st ministre d'Autriche en Suisse ; le second, le comte Charles, est grand-maître de la maison de Marie-Louise ; et le troisième, le comte Henri, est ministre d'Autriche à Turin. En dehors de ce trait généreux de la reine de Naples, j'en connais plusieurs autres qui font aussi honneur à son cœur : elle aimait à soulager la misère, elle ne craignait pas de monter au cinquième étage pour secourir des malheureux, et j'ai su positivement que ses bienfaits ont sauvé de la prison, de la mort peut-être, une mère de famille et quatre enfants dont le père venait de faire banqueroute. Voilà cette soi-disant mégère contre

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