CHAPITRE YIl
qui, sous Bonaparte, on exposait, dans les rues de Paris^ les gravures les plus infâmes et les plus obscènes. Il (allait bien la calomnier, on voulait sa couronne. On sait qu'elle fut trahie par ceux mômes qu'elle avait toujours honorés de son amitié et de sa confiance. La femme qu'elle affectionnait le plus correspondait avec le conquérant qui parvint enfin, par de viles menées, à détrôner la sœur de Marie-Antoinette, pour mettre à sa place madame Murât.
La reine de Naples avait un grand caractère et beau* coup d'esprit. Elle seule portait tout le fardeau^du gouvernement. Le roi ne voulait point régner ; il restait presque toujours à Caserte, occupé de manufactures, dont les ouvrières, disaitron, lui composaient un sérail.
La reine, ayant appris que je m'apprêtais à retourner à Rome, me fit demander, et me dit : « J'ai bien du regret que Naples ne puisse vous retenir. » Alors elle m'ofifril son petit cazin au bord de la mer, si je voulais rester; mais je brûlais de revoir encore Rome, et je refusai avec toute la reconnaissance que m'inspirait tant . de bonté. Enfin, après qu'elle m'eut fait payer magnifia quement, lorsque j'allai prendre un dernier congé, elle me remit une belle boite de vieux laque qui renfermait son chiffre entouré de très-beaux brillants. Ce chifiTre vaut dix mille francs ; mais je le garderai toute mavie«
Tout magnifique qu'est le pays que j'allais quitter, il n'aurait pas été dans mon goût d'y passer ma vie. Selon moi, Naples doit être vue comme une lanterne magique ravissante, mais, pour y fixer ses jours, il faut s'être fait à l'idée, il faut avoir
vaincu l'effroi qu'inspirent les volcans; quand on songe que tout ce qui habite les lieux d'alentour vît dans l'attente ou d'une éruption, ou d'un tremblement de terre, sans parler de la peste, qui pendant les chaleurs existe à deux ou trois lieues de là; quand on pense que les lacs où l'on met rouir le lin produisent un air infect qui donne aux hahitans de ces belles campagnes la fièvre et la mort. Tous ces inconvénients sont graves, on en conviendra ; mais aussi, s'ils n'existaient pas, qui ne voudrait habiter ce délicieux climat?
Le chevalier Hamilton, qui, depuis près de vingt ans, était ambassadeur d'Angleterre à Naples, connaissait parfaitement les mœurs et les usages de la haute société de cette ville. Ce qu'il m'en rapportait, je l'avoue, était peu favorable à la noblesse napolitaine, mais, depuis cette époque sans doute, tout a beaucoup changé. Il me contait sur les plus grandes dames mille histoires, que je m'abstiens de répéter, comme trop * scandaleuses. Selon lui, les Napolitaines étaient d'une ignorance surprenante ; elles ne lisaient rien, quoiqu'elles fissent semblant de lire; car un jour, étant arrivé chez l'une d'elles, et lui trouvant un livre à la main, il reconnut, en s'approchant, que la dame tenait ce livre sens dessus dessous. Privées de toute espèce d'instruction, plusieurs d'entre elles, selon lui, ne savaient pas qu'il existât un autre pays que Naples, et leur unique occupation était l'amour qui, pour elles, changeait souvent d'objet.
Ce dont j'ai pu juger par moi-môme, c'est que les dames napolitaines gesticulent beaucoup en parlant.