CHAPITRE VIII
au célèbre Fontana. Ce grand anatomiste^ comme on sait ^, avait imaginé de représenter, jusque dans les moindres détails, l'intérieur du corps humain^ dont toutes les parties sont si ingénieuses et si sublimes. Il me fit voir son cabinet, qui était rempli de pièces d'anatomie, faites en cire couleur de chair. Ce que j'observai d'abord avec admiration, ce sont tous les ligaments presque imperceptibles qui entourent notre œil, et une foule d'autres détails particulièrement utiles à notre conservation ou à notre intelligence. Il est bien impossible de considérer la structure du corps de l'homme^ sans être persuadé de l'existence d'une divinité. Malgré tout ce qu'ont osé dire quelques mi* sérables philosophes, dans le cabinet de M. Fontana il faut croire et se prosterner. Jusque-là je n'avais rien vu qui m'eût fait éprouver une sensation pénible ; mais, comme je remarquais une femme couchée de grandeur naturelle, qui faisait véritablement illusion, Fontana me dit de m'approcher de cette figure, puis, levant une espèce de couvercle, il offrit à mes regards tous les intestins, tournés comme sont les nôtres. Cette vue me fit une telle impressjon, qqe je me sentis
^L*abbé Félix FonUna, né le 17 avril 1730, à Pomerol, dans le^ Tyrol, est mort, à Florence, le 9 mars 1803. Directear da Muséum de physique et d'histoire naturelle de Florence. L'abbé Fontana fut chargé par le grand -duc Pierre- Léopold, de faire plusieurs voyages seientifiqdes en Angleterre et en Fmnce, dans le but d*y examiner et d'y recueillir toutes les pièces nouvelles qui pouvaient être utiles et qui manquaient & la collection de Florence. Il remplit cette mission avec intelligence ; c'est ainsi que le muséum de Florence a été enrichi de plus de l^&OO pièces anatomlquos parAiitement exécutées 60 cire.
près de me trouver mal. Pendant plusieurs joars, il me fut impossible de m'en distraire, au point que je ne pouvais voir une personne sans la dépouiller mentalement de ses habits et de sa peau^ ce qui me mettait dans un état nerveux déplorable. Quand je revis M. Fontanaje lui demandai ses conseils pour me délivrer de rimporlune susceptibilité de mes organes. — J'entends trop, lui dis-je, je vois trop et je sens tout d'une lieue. — Ce que vous regardez comme une faiblesse et comme un malheur, me répondit-il, c'est votre force et c'est votre talent ; d'ailleurs, si vous voulez diminuer les inconvénients de celte susceptibilité, ne peignez plus. On croira sans peine que je ne fus pas tentée de suivre son conseil ; peindre et vivre n'a jamais été qu'un seul et même mot pour moi, et j'ai bien souvent rendu grâces à la Providence de m'avolr donné cette vueezcellente, dont je m'avisais de me plaindre comme une sotte au célèbre anatomiste.
De Florence, je me rendis à Sienne, et je n'ai jamais oublié la charmante soirée que j'ai passée en arrivant dans cette ville, oi!i je ne suis restée que trèspeu de temps. Mon habitude a toujours été, dés que je descends dans une auberge, et que j'ai commandé mon souper, d'aller faire une petite course à pied, qui me délasse de la voiture. Le soleil allait se coucher quand je partis pour me promener dans les environs de Sienne, et pour reconnaître les lieux. Assez près de mx)n auberge, j'aperçois une porte ouverte, qui me laisse voir un enclos et un assez grand canal ; je descends la marche de cette porte, et je m'assieds dessus pour respirer la fraîcheur, dont j'avais grand besoin.