‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 52 sur 293 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Là J'entendis bientôt un concert nature^ que les nôtres sont bien loin d'égaler. Divers bruits harmonieux me berçaient délicieusement; à gauche, c'était celui delà cascade qui alimentait le canal ; puis un léger vent agitait les branches des énormes peupliers plantés sur le bord de Teau ; et mille oiseaux par leurs chants faisaient leurs adieux au jour. Une pluie fine se mit à tomber à petit bruit sur les feuilles ; mais, bien loin qu'elle me fit déloger^ elle me sembla si bien d'ensemble avec toute cette douce musique, que, pendant plus de deux heures, j'oubliai mon souper. La fille de l'auberge, après m'avoir cherchée longtemps, finit par me trouver là, et vint m'arrachera mes jouissances. Si les propriétaires de ce bel enclos lisent par hasard ces lignes, et qu'ils reconnaissent les lieux que je viens de décrire, je les remercie aujourd'hui du plaisir qu'ils m'ont procuré à leur insu.

Le lendemain je fis quelques courses dans la ville, qui est très-belle et très-bien située, sur une hauteur. On y voit des palais et des maisons gothiques ; entre autres la maison de sainte Catherine et celle de je ne sais quel saint. L'hôtel de ville renferme des peintures antiques ; les Augustins, une fort belle bibliothèque, et la superbe église bâtie par Vauvitelli, où se trouvent des tableaux de Romanelli, de Carie Ma- Patte et de Pierre Pérugin ; mais ce qu'on peut admirer avant tout, c'est la cathédrale. Cette belle église ^st gothique, extrêmement vaste, et revêtue de marbre en dedans et en dehors. Sa voûte est couleur d'alup, parsemée d'étoiles d'or ; les vitres du haut sont toutes peintes, et le pavé même est remarquable en ce

que les sujets de rAncien Testament y sont retracés. Elle est ornée par douze statues en marbre, représentant les douze apôtres, par de belles fresques, par des tableaux de Preti le Galabrèse, de Pierre Pérugin^ etc., et plusieurs deses chapelles ontété décorées par le Bernin.

Dès que je fus revenue à Parme, où je n'avais passé que très peu de jours, en allant à Rome, on m'y reçut membre de l'Académie, à qui je donnai une petite tète que je venais de faire d'après ma fille ^. Dans la même semaine j'éprouvai aussi à Parme une satisfaction non moins vive. J'emportais avec moi le tableau de la Sibylle que j'avais fait à Naples, d'après ladj HamiUon;mon projet était de le rapporter en France, où je comptais alors rentrer bientôt. Gomme ce tableaa était encore fraîchement peint, en arrivant à Parme, pour qu'il ne jaunit pasjelemis au jour sous châssis^ attaché seulement dans l'une de mes chambres. Un matin, j'étais à faire ma toilette quand on m'annonça que sept à huit élèves peintres venaient me faire une visite. On les fit entrer dans la chambre où se trouvait placée ma Sibylle, et quelques minutes après j'allai les y recevoir. Après m'avoir parlé de tout le désir qu'ils avaient eu de me connaître, ils me dirent qu'ils seraient heureux de voir quelques-uns de mes ouvra* ges. — Voici un tableau que je viens de finir, répon^» dis-je en montrant la Sibylle. Tous témoignèrent d'abord une surprise bien plus flatteuse pour moi que n'auraient pu l'être les plus gracieuses paroles; plu-

1 Madame Yigée Le Bran ne mentionne pas cette tête dans la liste de ses portraits et tableaux.

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