CHAPITRE VIII
sieurs s'écrièrent qu'ils avaieat cru que ce tableau avait été fait par un des maîtres de leur école, et Tun d'eux sejetaà mes pieds, les larmes aux yeux. Je fus d'autant plus touchée, d'aulant plus ravie de cette épreuve, que ma Sibylle a toujours été un de mes ouvrages de prédilection. Si mes lecteurs, en lisant ce récit, m'accusent de vanité, je les supplie de réfléchir qu'on artiste travaille toute sa yie pour avoir deux ou trois moments pareils à celui dont je parle.
Je restai quelques jours à Parme pour revoir les églises, la bibliothèque, le théâtre, qui est bâti par Yignola, et rappelle tout à fait l'antique; c'est grand dommage qu'il n'ait pas été plus soigné; cependant, quoiqu'il soit immense, il ne s'y perd pas un son. Je vis là des danseurs qu'on devrait appeler des tourneurs; car ils ne faisaient aucun pas de danse et ne firent que tourner comme des tontons.
Je visitai aussi tous les palais qu'on me dit renfermer des objets d'arts ; dans l'un d'eux, je ne sais lequel, je vis des plafonds d'Allegrîni admirables. Je ne pouvais contempler tant de belles collections particulières, sans regretter que ce beau luxe, ce luxe de si bon goût, n'exist&t point en France. On peut à peine compter à Paris trois ou quatre cabinets d'amateurs, et combien encore diffèrènt-ils de ceux des seigneurs italiens 1
Je quittai Parme le i*' juillet 1792; la nature alors
était dans toute sa beauté, et ma sortie de la ville
m'offrit le coup d'œil de la plus belle campagne qu'on
puisse voir. Sans doute le beau ciel de l'Italie aide à
la magie du spectacle ; néanmoins, ces prairies à perte I. ti
de vue, parsemées d'arbres^ aatour desquels la vigne grimpe en s'entrelaçant; ces mille ruisseaux serpen* tant dans de riches vallons que terminent de hautes montagnes ou des collines boisées; ce grand chemin bordé de chênes, qui souvent sont baignés par des canaux dont mille fleurs champêtres ornent les bords ; tout cela ravirait sous quelque ciel que ce fût.
Je voulus aller à Mantoue^ qui méritait bien une visite, et comme patrie de Virgile, et comme sœur aînée du Gapitole, car on prétend qu'elle a été bâtie par les Étrusques ou Toscans, trois cents ans avant la fondation de Rome ^. Celte ville, située au milieu d'un lac formé par le M incio^ est grande et belle. Sa magnifique cathédrale est de Jules Romain, qui, comme on sait, était à la fois peintre, architecte et sculpteur. Jules Romain et le Primatice ont enrichi Mantoue de chefs-d'œuvre en tout genre. Toutes les salles du palais ducal sont ornées par ces deux grands peintres et par Gonzalès. Ce palais est immense et l'un des plus riches que Ton puisse voir sous le rapport des arts.
On fait voir à Mantoue la maison de Jules Romain ^ ; elle est située en face du palais Gonzalès,
< G*68t à Mantooe qu'est mort de sa bleasare le fameax capitaine Jean de Médicis, dit dea Bandes-Noires le 30 décembre 1526, laissant de sa femme Marie Salviate, un fils qui devint grand-duc de Toscane, soos le nom de Cosme !•'.
* « Vis à vis San Barnaba, Jules Romain s'est construit une malson dont il a décoré la façade de stucs colorés, et dont il a enrichi rintérieur de peintures de stucs» semblables à ceux de sa façade, ainsi que de nombreuses sculptures antiques que lui a données le duc de Mantoue. » (G. Vasari : Vie de Jules Fippi dit le Aornotit.)