‹ Souvenirs (volume 2)Chapitre 65 sur 293 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

au ciel, a beaucoup de majesté et une très-belle pose.

J'ai gravi jusqu'au sommet de cette montagne, d'où Ton découvre une vue magnifique et si étendue que les monts voisins paraissent des vallons. Dans le lointain, à différentes distances, on aperçoit trois lacs. Celui de Côme, le plus éloigné de tous, est entouré de montagnes vaporeuses. Les deux autres, reflétant le ciel, étaient d'un bleu d'azur. Les tons variés des vallons d'un vert tendre, et des montagnes d'an vert foncé, font un repoussoir admirable pour le lointain. Sur le haut de ce Calvaire se trouve une église, environnée de sites enchanteurs, et d'une étendue immense; en descendant, je m'arrêtais souvent pour contempler cette belle végétation, ces beaux arbres et ce chemin pittoresque. En général, la nature de cette contrée est une des plus riches de l'Italie, et les environs de Milan sont si ravissants, que je ne cessais d'en faire des croquis.

Quelques jours après j'allai au lac Majeur, dont la large étendue est environnée de montagnes boisées, et au milieu duquel se trouvent deux lies, Visola Bella et Visola Madré. J'ai habité la première, en ayant l'eçu la permission du prince Boromée^ à qui elle appartient. L'isola Bella n'a rien de pittoresque; elle ^t en partie entourée de murailles garnies d'espaliers ^e pêches. L'autre lie est, dit-on, plus jolie; mais comrce je m'embarquais dans l'intention de m'y ren- ^''c, le lac devint si furieux que je fus obligée de reïioncer à mon projet, et de profiter d'un moment de calme pour regagner la terre, d'autant que l'on

m'assurait qu'il n'était pas rare de se trouver en danger sur ce lac.

De retour à Milan, j'allai voir la cathédrale, qui est fort belle, et différentes curiosités que renferment les palais, qui sont bien loin d'être aussi riches en tableaux que les palais de Parme, et surtout ceux de Bologne.

Les promenades, aux environs de la ville, se font en voiture; les femmes y sont extrêmement parées, ce qui me rappela notre Longchamp et notre ancien boulevard du Temple. En tout^ Milan me faisait bien souvent penser à Paris, tant par son luxe que par sa population. La salle de spectacle (la Scala), où j'ai entendu d'excellente musique, est immense. Je ne crois pas qu'il en existe de plus grande ; sous ce rapport, celle de Naples peut seule lui être comparée.

Je suis allée à plusieurs beaux concerts; car Milan possède toujours quelques fameux chanteurs et quelques grandes cantatrices. Au dernier où je fus, je me trouvai placée à côté d'une Polonaise très-belle et très-aimable, nommée la comtesse Bistri. Comme nous nous étions mises à causer ensemble, je lui parlai de mon prochain départ pour Yienne. Elle me dit qu'elle et son mari allaient aussi se rendre dans cette ville, mais plus tard que moi. Cependant tous deux me témoignèrent un grand désir de faire route avec moi, en sorte qu'ils eurent la bonté d'avancer l'époque (le leur voyage, et, comme j'allais en voiturin, ils poussèrent l'obligeance jusqu'à ne pas prendre la poste, aQn de ne jamais me quitter sur le chemin.

11 m'aurait été impossible de trouver des compa-

Page 1