CHAPITRE XV
Petcrlioff. — Saiut-Péter^bourg. — Le comte d'Eslerliazy. — Cxars* JtoieBÎolo. — I a grande-duchesse Élisabelli, feniinQ d'AIt'xandrc. — Cittlierine 11. — Le cumte Strogonoff. — Kaminostroff. ^ Esprit liospitalier des Russes.
J'enlraî à Saint-Pétersbourg le 23 juillet 1795, parle chemin de Peterhoff, qui me donna une idée avantageuse de la ville ; car ce chemin est bordé des deux côtés par de charmantes maisons de campagne, entourées de jardins du meilleur goût, dans le genre anglais. Les habitants ont tiré parti du terrain, qui est très-marécageux, pour orner ces jardins, où se trouvent des kiosques et de jolis ponts, par des canaux et des petites rivières qui les traversent. Il est malti^ureux qu'une humidité effroyable vienne le soir désenchanter ce gracieux aspect; mên^e avant le coucher du soleil, il s'élève sur ce chemin un tel brouillard que Ton se croit entouré d'une épaisse fumée presque noire.
Toute magnifique que je me représentais la ville, je fus ravie par l'aspect de ses monuments^ de ses beaux hôtels et de ses larges rues, dont une, que Ton nomme la Perspective, a une lieue de long. La belle Neva, si claire, si limpide, traverse la ville chargée de vaisseaux et de barques, qui vont et viennent sans cesse, ce qui anime cette belle cité d*une manière char-
mante. Les quais de la Neva sont en granit, ainsi que ceux de plusieurs grands canaux que Catherine a fait creuser dans l'intérieur de la ville. D'un côté de la rivière se trouvent de superbes monuments, celui de TAcadémie des arts, celui de TAcadéroie des sciences et beaucoup d'autres encore, qui se reflètent dans la Neva. On ne peut rien voir de plus beau, mVt-ondit, au clair de lime, que les masses de ces majestueux édilices, qui ressemblent à des temples antiques. Eo toulfSaint-Pélersbourg me transportait au temps d'Agamemnon, tant par le grandiose de ses monuments que par le costume du peuple, qui rappelle celui de Vi%Q antique.
Quoique je vienne de parler du clair de lunCi il ne me fut pas possible d'en jouir à l'époque de mon arrivée; car au mois de juillet on n'a pasà Saiiit-Pétersbourg une heure de nuit ; le soleil se couche vers dix heures et demie du soir ; la brune dure jusqu'au crépuscule, qui commence vers minuit et demi, en sorte que l'on y voit toujours clair, et j'ai souvent soupe à onze heures Tivec le jour.
Mon premier soin fut de me reposer; car depuis Riga les chemins avaient été ce qu'on peut imaginer de plus effroyables; de grosses pierres posées les unes sur les aulrcs nous donnaient à chaque pas des secousses d'autant plus violentes, que ma voiture était une des plus ru.ics du monde, et les auberges élant trop mauvaises sur cette route pour qu'il Tût possible de s'y arrêter, nous avions marché de cahot en cahot jusqu'à Saint-Pétersbourg sans prendre de repos. Mais je sais que l'empereur Alexandre a fait rétablir cette