‹ SouvenirsChapitre 107 sur 124 · CHAPITRE XVII. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. m

traits. Ce n'était pourtant pas que cette jeune princesse eût jamais connu le bonheur en Russie. Si Ton peut dire qu'Alexandre tenait de sa mère par sa beauté et par sen caractère, on sait qu'il n'en était pas ainsi de Constantin, qui ressemblait beaucoup à son père, sans être pourtant tout à fait aussi laid, et qui se mon* trait comme lui prodigieusement enclin à la colère. Il est bien vrai que par moments Constantin a témoigné de l'obligeance et de la bonté ; quand il aimait, par exemple, il aimait bien; mais, à l'exception de quelques personnes qui avaient trouvé le chemin de son cœur, ses emportements, sa violence, le rendaient redoutable à tous ceux qui l'approchaient. Entre différents traits bizarres que l'on racontait de lui, on disait que le soir de ses noces, au moment de monter chez sa femme, il entra dans une fureur horrible contre un soldat de garde à la porte, qui n'exécutait pas assez strictement sa consigne. Cette scène se prolongea d'une manière si étrange que toutes les personnes de sa cour qui l'accompagnaient ne pouvaient concevoir qu'il restât aussi longtemps à maltraiter un factionnaire, au lieu d 'aller rejoindre la jeune et jolie femme qu'il avait épousée le matin. Quelque temps après son mariage, il devint très-jaloux de son frère Alexandre, ce qui amenait de fortes querelles entre lui et la duchesse Anne, indignée de ses soupçons. Les choses allèrent au point qu'il en résulta, comme on sait, un divorce. La princesse alla rejoindre d abord sa famille, et lorsque, beaucoup plus tard, je suis allée en Suisse, elle y était élablie.

Tout porte à croire que la grande-duchesse Êlisa-

beth, cet ange de beauté, n'a pas été plus heureuse que sa belle-sœur à conserver le cœur d'un époux. L'amour d'Alexandre pour une charmante Polonaise qu'il a mariée au prince Narischkin est connu de toute l'Europe. J'ai vu madame Narischkin, bien jeune, à la cour de Saint-Pétersbourg. Elle et sa sœur y arrivèrent après la mort de leur père, qui fut tué lors de la dernière guerre de Pologne. L'aînée des deux pouvait avoir seize ans. Elles étaient ravissantes à voir, elles dansaient avec une grâce parfaite, et bientôt l'une fit la conquête d'Alexandre, et l'autre celle de Constantin. Madame Narischkin était la plus régulièrement belle; sa taille fine et souple, son visage tout à fait grec la rendait extrêmement remarquable; mais elle n'avait pas, à mes yeux, ce charme céleste de la grande-duchesse Élisabeth.

En général, à celle époque, la cour de Russie était composée d'un si grand nombre de femmes charmantes, qu'un balchezrimpératriceoffraitun coup d'œil ravissant. J'ai assisté au plus magnifique qu'elle ait donné. L'impératrice, très-parée, était assise dans le fond de lasalle, entourée des premiers personnages de la cour. Près d'elle se teuaient la grande -duchesse Marie, Paul, Alexandre, qui était superbe, et Constantin, tous debout. Une balustrade ouverte les séparait de la galerie où Ton dansait.

La danse n'était autre chose que des polonaises, où je pris place d'abord avec le jeune prince Bariatinski, afin de faire ainsi le tour du bal, après quoi je m'assis sur une banquette pour mieux voir toutes les danseuses. Il me serait impossible de dire quelle quantité de

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