CHAPITRE XVII
jolies femmes je vis alors passer devant moi ; mais je ne puis m'empêcher de dire qu'au milieu de toutes ces beautés, les princesses de la famille impériale l'emportaient encore. Toutes les quatre étaient habillées à la grecque, a ,r ec des tuniques qu'attachaient sur leurs épaules des agrafes en gros diamants. Je m'étais mêlée de la toilette de la grande-duchesse Elisabeth, en sorte que son costume était le plus correct ; cependant les deux filles de Paul, Hélène et Alexandrine, Avaient sur la téte des voiles de gaze bleu clair, semée d'argent, qui donnaient à leurs visages je ne sais quoi de céleste.
La magnificence de tout ce qui entourait l'impératrice, la richesse de la salle, le grand nombre de belles personnes, cette profusion de diamants, l'éclat de mille bougies, faisaient véritablement de ce bal quelque chose de magique.
Peu de jours après, je relournai à la cour pour voir un gala. Lorsque j'arrivai dans la salle 1 , toutes les dames invitées étaient déjà debout, près de la table qui venait d'être servie. Peu d'instants après, on ouvrit une grande porte à deux battants, et l'impératrice parut. J'ai dit qu'elleétait petite de taille, et pourtant, les jours de représentation, sa tête haute, son regard d'aigle, celte contenance que donne l'habitude de commander, tout en elle enfin avait tant de majesté, qu'elle me parut la reine du monde ; elle portait les grands cordons de trois ordres, et son costume était
i Cettn salle était garnie de chaque côîé par des gradins, sur lesquels, les Jours de bal, se plaçaient les habitants d« Saint- Pttersboui g qui n'étaient pas de la cour. {Note de r auteur.)
simple et noble; il consistait en une tunique de mousseline brodée en or, que serrait une ceinlure de diamants, et dont les manches, très-amples, étaient plissées en travers dans le genre asiatique. Par-dessus cette tunique, était un dolman de velours rouge à manches très courtes. Le bonnet qui encadrait ses cheveux blancs. n'était pas orné de rubans, mais de diamants de la plus grande beauté *.
Dès que Sa Majesté eut pris place, toutes les dames s'assirent à table, et posèrent, comme tout le monde le fait, leur serviette sur leurs genoux, tandis que l'impératrice attacha la sienne avec deux épingles, ainsi qu'on l'attache aux enfants. Elle s'aperçut bientôt que ces dames ne mangeaient point, et leur dit tout à coup : « Mesdames, vous ne voulez pas suivre mon exemple, aussi faites-vous semblant de manger. Moi, j'ai pris pour toujours le parti d'attacher ma serviette, car, autrement, je ne pourrais môme manger un œuf sans en jeter sur ma collerette. »
Je la vis en cfFet dîner de fort bon appétit. Une belle et bonne musique d'harmonie se flt entendre pendant tout le repas ; les musiciens étaient placés au bout de la salle, dans une large tribune. J'avoue que c'est pour moi une chose charmante, que d'entendre de la musique pendant qu'on est à table. C'est . la seule chose qui m'ait jamais fait désirer d'être trèsgrande dame ou très-riche ; car je préfère la musique à toutes les causeries de gens qui dineni, quoique
1 Ce costume était habituellement celui de Catherine. Seulement elle ne portait de diamants que les jours de bal ou de gala, et changeait l'étoffe de son dolman selon la saison. Note de Caviteur.)