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CHAPITRE II. Ki

main de la nièce du cardinal Bibiéna; tellement que, lorsque enfin le pape se laissa fléchir et permit que la Fornarina rentrât dans Rome, l'émotion de joie qu'il éprouva, le bonheur de revoir cette femme adorée, contribuèrent beaucoup à terminer ses jours. Un homme aussi passionné, aussi constant, pouvait-il rechercher les voluptés grossières, et se rouler dans la fange? Non, ces choses ne sont pas compatibles ; non, Raphaël ne fut pas un libertin ; il ne faut que regarder ses têtes de Vierges pour être sûr du contraire.

« Pardonnez-moi cette dialribe, mon ami : je sors du Vatican ; c'est là surtout que le divin maître a démontré toute la subtilité de son art. Les copies que l'on a faites des chefs-d'œuvre de Raphaël sont loin d'en donner une juste idée ; il faut les voir face à face pour admirer le dessin, l'expression, la composition de chaque sujet : jusques aux draperies, tout y est parfait. J'ai même remarqué que, dans la plus grande partie de ces belles pages, la couleur avait la vérité du Titien.

«La galerie, les salles, et même ce corridor du Vatican où j'ai vu dans le fond la belle Gléopâlie mourante, tout cela est unique dans le monde. Combien ne s'étonne-t-on pas de la variété des compositions de Raphaël en voyant celte école d'Athènes, ordonnée avec tant de sagesse, puis l'incendie de Borgo, composé dans un genre si différent? Mais ce qui surprend le plus, c'est que celui qui est mort si jeune ait laissé tant de chefs-d'œuvre. Cela prouve avec évidence que la fécondité est un attribut inhérent au génie.

i:;6 SOUVENIRS DE MADAME VIGÉE LE BRUN,

« Il est bien malheureux de voir que tant de belles productions soient altérées, non-seulement par le temps, mais aussi parce qu'on permet que déjeunes artistes aillent prendre le trait au calque. Je me rappelle à ce sujet qu'un ancien directeur de l'Académie disail à ses élèves : « Qu'avez-vous besoin de prendre le Irait des figures de Raphaël ? prenez la nature, morbleu ! ce sera la môme chose ; allez sur la place del Popolo. »

« Je me suis rendue au Colysée en mémoire de vous. Le côté d'où l'on peut le croire entier suffit pour faire estimer parfaitement sa grandeur, et cette ruine est encore une des plus belles choses qu'on puisse voir ; le ton de ses pierres, les effets que la végétation y a semés partout, en font un monument admirable pour la peinture. Je ne puis concevoir comment il a pu vous venir l'idée si hasardeuse de grimper jusqu'au faîte pour l'unique plaisir d'y planter une croix? La raison se refuse à le croire. Je dois vous dire, au reste, que cette croix est restée, et que votre adresse et votre courage sont devenus historiques, car on en parle encore à Rome.

«J'ai été voir Angelica Kaufmann, que j'avais un extrême désir de connaître. Je l'ai trouvée bien intéressante, à part son beau talent, par son esprit et ses connaissances. C'est une femme qui peut avoir cin-, quante ans, très-délicate, sa santé s'élant altérée par suite du malheur qu'elle a eu d'épouser d'abord un aventurier qui l'avait ruinée. Elle s'esl remariée depuis à un architecte qui est pour elle un homme d'affaires. Elle a causé avec moi beaucoup et très-bien, pen-

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