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CHAPITRE II

dant les deux soirées que j'ai passées chez elle. Sa conversation est douce ; elle a prodigieusement d'instruction, mais aucun cnthousiame, ce qui, vu mon peu de savoir, ne m'a point électrisée.

et Angelica possède quelques tableaux des plus grands maîtres, et j'ai vu chez elle plusieurs de ses ouvrages : ses esquisses m'ont fait plus de plaisir que ses tableaux, parce qu'elles sont d'une couleur litianesque.

v J'ai été dîner hier avec elle chez notre ambassadeur, le cardinal de Bernis, à qui j'avais fait une visite trois jours après mon arrivée. Il nous a placées toutes deux à table à côté de lui. Il avait invité plusieurs étrangers et une partie du corps diplomatique, en sorte que nous étions une trentaine à cette table, dont le cardinal a fait parfaitement les honneurs, tout en ne mangeant lui-même que deux petits plats de légumes. Mais voilà le plaisant : ce malin on me réveille à sept heures et on m'annonce la famille du cardinal de Bernis. Je suis bien saisie, comme vous imaginez 1 Je me lève, tout essoufflée, et je fais entrer. Cette famille était cinq grands laquais en livrée qui venaient me demander la buona mano. On m'expliqua que c'était un pourboire. Je les congédiai en leur donnant deux écus romains. Vous concevez toutefois mon étonnement, n'étant pas instruite de cet usage.

« Voilà, mon ami, une énorme lettre; mais j'avais besoin de causer avec vous. Rappelez-moi à ce qui reste à Paris de mes amis et de mes connaissances. Comment va notre cher abbé Delille? Parlez-lui de moi, ainsi qu'à la marquise de Grollier, à Brongniart,

à ma bonne amie madame de Verdun. Hélas ! quand vous reverrai-je tous?

« Adieu. »

Comme je ne pouvais rester dans le très-petit appartement que j'occupais à l'Académie de Fiance, il fallut chercher un logement. Je regretlais fort peu celui que je quittais, attendu qu'il donnait sur une petite rue dans laquelle les voitures des étrangers remisaient à toute heure de nuit. Les chevaux, les cochers, faisaient un train infernal ; en plus il se trouvait une madone au coin de cette rue, et les Calabrais, dont sans doute elle était la patronne, venaient chanter et jouer de la musette devant sa niche jusqu'au jour. A vrai dire, il m'était assez difficile de trouver à me loger, attendu l'extrême besoin que j'ai de sommeil et le calme environnant qui m'est absolument nécessaire pour dormir. J'allai d'abord occuper un logemer.,, »ur la place d'Espagne, chez Denis, le peintre de paysage; mais, toutes les nuits, les voitures ne cessaient d'aller et de venir sur cette place, où logeait l'ambassadeur espagnol. Enfin une foule de gens des diverses classes du peuple s'y réunis aient, quand j'étais au lit, pour chanter en chœur des morceaux que les jeunes filles et les jeunes garçons improvisaient d'une manière charmante, il est vrai, car la nation italienne semble avoir été créée pour faire de la bonne musique; mais ce concert habituel, qui m'aurait enchantée le jour, me désolait la nuit. Il m'était impossible de reposer avant cinq heures du matin. Je quittai donc la place d'Espagne.

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