‹ SouvenirsChapitre 115 sur 124 · CHAPITRE XVIII. 3b I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. 3b I

imagine donc l'effet que produit cette mer de glace, se fendant de toutes parts. En dépit des factionnaires que Ton place alors tout le long des quais pour empêcher le peuple de sauter de glaçon en glaçon, des téméraires s'aventurent sur la glace devenue mouvante pour gagner l'autre bord. Avant d'entreprendre ce dangereux trajet, ils font le signe de la croix, et s'élancent, bien persuadés que, s'ilspérissent, c'est qu'ils y sont prédestinés. Au moment de la débâcle, le premier qui traverse la Néva en bateau présente une coupe en argent, remplie d'eau de la Néva, à l'empereur qui la lui rend remplie d'or.

On ne décalfeulre pas encore les fenêtres à cette époque, et la Russie n'a point de printemps ; mais aussi la végétation se presse pour regagner le temps perdu. On peut dire, et c'est à la lettre, que les feuilles poussent à vue d*œil. J'allai un jour, à la fin du mois de mai, me promener avec ma fille au jardin d'été ; et, voulant nous assurer si tout ce qu'on nous avait dit sur la rapidité de la végétation était vrai, nous remarquâmes des feuilles d'arbustes qui n'étaient encore qu'en bourgeons. Nous fîmes un grand tour d'allée, puis, étant revenues à la place que nous venions de quitter, nous trouvâmes les bourgeons ouverts et les feuilles entièrement étendues.

tre; aucun ne résisterait aux glaçons de la Doga. La communication entre les deux bords nVxiste que par un pont de bateaux qu'on retire au moment de la débâcle. J'ai vu pourtant au Palais des beaux- arts le modèle d'un pont d'une seule arche qu'un esclave russe a fait d'instinct, n'ayant reçu nulle éducation. Ce modèle est admirable. 11 faut que de fortes raisons empêchent de l'exécuter.

(Note de l'auteur.)

Les Russes tirent parti, môme de la rigueur de leur climat, pour sedivertir. Parleplus grand froid, Use faitdes parties de traîneaux, soitde jour, soit denuitaux flambeaux. Puis, dans plusieurs quartiers, on établit des montagnes de neige sur lesquelles on va glisser avec une rapidité prodigieuse, sans aucun danger; car des hommes, habitués à ce métier, vous lancent du haut de la montagne, et d'autres vous reçoivent en bas.

Une des belles cérémonies qu'on puisse voir est celle de la bénédiction de la Néva. Elle a lieu tous les ans, et c'est l'archimandrite qui donne la bénédiction en présence de l'empereur, de la famille impériale et de tous les grands dignitaires. Comme à cette époque la glace de la Néva a pour le moins trois pieds d'épaisseur, on y pratique un grand trou dans lequel, après la cérémonie, chacun vient puiser de l'eau bénite. Assez souvent on y voit des femmes y plonger de petits enfants ; parfois il arrive à ces malheureuses mères de laisser échapper la pauvre victime du préjugé ; mais alors, au lieu de pleurer la perte de son enfant, la mère se félicite du bonheur de l'ange qui s'en va prier pour elle. L'empereur est obligé de boire le premier verre d'eau, que l'archimandrite lui présente.

J'ai déjà dit qu'il faut aller dans la rue pour s'apercevoir du froid à Saint-Pétersbourg. C'est tellement vrai que les Russes ne se contentent pas de donner à leurs appartements la température du printemps, plusieurs salons sont entourés de grands paravents vitrés, derrière lesquels sont placés des caisses et des pots remplis des plus belles fleurs que donne chez nous le mois de mai.

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