‹ SouvenirsChapitre 13 sur 124 · CHAPITRE II. loO · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. loO

J'allai louer près de là, dans une rue fort tranquille, une petite maison qui me convenait parfaitement, où j'avais une chai niante chambre à coucher, toute ten-, due en vert, a\anlage dont je me félicitai beaucoup. J'avais visité toute la maison depuis le haut jusqu'en Las; j'avais même examiné les cours des maisons voisines sans rien apercevoir qui pût m'inquiéler. Je pensai donc ne pouvoir entendre d'autre bruit que le bruit bien léger d'une petite fontaine pl icée dans la cour, cl, dans mon enchantement, je m'empressai de payer le premier mois d'avance, dix ou douze louis, je crois. Bien joyeuse, je me couche dans une quiétude parfaite; à deux heures du matin, voilà que j'entends un bruit infernal précisément derrière ma tôle ; ce bruit était si violent, que la gouvernante de ma fille, qui couchait deux chambres plus loin que la mienne, en avait été réveillée. Dès que je suis levée, je fais venir mon hôtesse pour lui demander la cause de cet horrible vacarme, j'apprends que c'est le bruit d'une pompe attachée à la muraille près de mon lit : les blanchisseuses, ne pouvant blanchir le linge pendant le jour, attendu l'extrême chaleur, ne venaient à cette pompe que la nuit. • On imagine si je m'empressai de quitter celte charmante petite maison.

Après avoir beaucoup cherché inutilement pour m'élablirà ma fantaisie, on m'indiqua un petit palais dans lequel je pouvais louer un appartement; n'ayant encore rien trouvé qui pût me convenir, je pris le parti de m'y installer. J'avais là bien plus d'espace qu'il n'en fallait pour me loger commodément ; mais

toutes ces pièces étaient d'une saleté dégoûtante. Enfin, après en avoir fait nettoyer quelques-unes, je vais m'y établir. Dès la première nuit je pus juger des agréments de cette habitation. Un froid, une humidité effroyables, m'auraient permis de dormir, qu'une troupe de rats énormes, qui couraient dans rna chambre, qui rongeaient les boiseries et mes couleurs, m'en auraient empêchée. Quand je demandai le lendemain au gardien comment il se faisait que ce petit palais fût si froid et que les rats y eussent établi leur domicile, il me répondit que depuis neuf ans on n'avait pu trouver à le louer : ce que jeji'eus point de peine à croire. Malgré tous ces inconvénients, cependant, je me vis forcée d y rester six semaines.

Enfin, je trouvai une maison qui paraissait être entièrement à ma convenance. Je ne la louai néanmoins que sous la condition de l'essayer pendant une nuit, et à peine m'étais je mise au lit, que j'entendis sur ma tête un bruit tout à fait insurmontable; c'était une quantité innombrable de vers qui grugeaient les solives. Dès que j'eus fait ouvrir les volels, le bruit cessa ; mais il ne me fallut pas moins abandonner cette maison à mon grand regret, car je ne crois pas qu'il soit possible de déménager plus souvent que je ne l'ai fait • pendant mes différents séjours dans la ville du Capitole : aussi je suis restée convaincue que la chose la plus difficile à faire dans Rome,' c'est de s'y loger.

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