CHAPITRE III. m
ciel d'outremer que Ton ne voit nulle part aussi foncé qu'en Italie. L'intérieur ruiné de ce grand théâtre, qui est maintenant rempli de verdure, d'arbustes en fleur, et de lierre qui court cà et là, ne doit encore sa conservation actuelle qu'à une douzaine de petites chapelles portant une croix, placées symétriquement au milieu de l'enceinte. C'est là que des confréries viennent faire des stations, et d'autres entendre prêcher un capucin. Ainsi, cequifut jadisl'arcnedesgladialeurs et des bCtcs féroces, xsl devenu un lieu consacré à notre culte. Quelles réflexions ne font point naître de semblables métamorphoses ! Mais, dans Home, peut-on faire un pas sans rêver à l'instabilité des choses humaines ; soit que l'on foule aux pieds ces marbres, ces débris de colonnes, ces fragments de bas-reliefs qui faisaient l'ornement des temples, des palais, et qui, malgré leur vétusté, conservent encore le style et le faire délicat des Grecs ; soit qu'on entre dans les églises et qu'on y trouve ces baignoires de marbre précieux, qui peut-être ont servi à Périclès ou à Laïs, transformées en tabernacles ? Le maître-autel de Sainte-Marie-Majeure est une urne antique de porphyre ; les colonnes de la plupart des églises sont celles des anciens temples. Tout offre un mélange de sacré et de profane; et ces superbes restes d'un temps qui n'est plus ajoutent prodigieusement à la magnificence des cérémonies religieuses, qui d'ailleurs ont conservé toute la pompe de l'ancienne Rome.
Mon travail ne me privait point du plaisir journalier de parcourir Rome et ses environs. J'allais toujours seule visiter les palais qui renfermaient des collec-
tions de taLleaux el de statues aûn de n'être point distraite de ma jouissance par des entretiens ou des questions souvent insipides. Tous ces palais sont ouverts aux étrangers, qui doivent beaucoup de reconnaissance aux grands seigneurs romains d'une telle obligeance.
Je me suis décidée à ne donner ici qu'un très-léger aperçu de ces magnifiques habitations et des beautés qu'elles renferment, d'abord parce qu'il existe une multitude d'ouvrages qui les décrivent en détail, ensuite parce que tant d'années se sont écoulées depuis mon voyage à Rome, que beaucoup de chefs-d'œuvre ont changé de place. J'apprends sans cesse aujourd'hui, par des gens arrivant d'Italie, que telle statue ou tel tableau n'est plus où je l'avais vu, et je ne veux point induire en erreur les amis des arts.
Le palais Juslinien renfermait alors une immense quantité de chefs-d'œuvre qui depuis ont tous été vendus. J'y admirai l'Ombre de Samuel, un des plus beaux tableaux de Gérard de la Note; c'est un effet de nuit du genre habituel de ce maître ; plusieurs statues antiques, entre autres la fameuse Minerve devant laquelle on a longtemps brûlé l'encens, ce qu'on reconnaît en voyant le bas de cette statue qui est très-enfumé.
Les palais Farnèse, Doria, Barbarini, étaient pleins aussi d'objets d'art que je ne me lassai pas d'aller revoir. Dans le dernier, qui est situé sur le mont Quirinal et dont la cour renfermait alors un obélisque égyptien, la voûte du grand salon est peinte par Pierre de Cortone ; dans d'autres salles, on trouvait la Mort de Germanicus, tfu Poussin; une Magdeleine el un Enfant