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CHAPITRE IV

La princesse Joseph de Monaco avait une charmante figure, beaucoup de douceur et d'amabilité. Pour son malheur, hélas ! elle ne resta pas à Rome. Elle voulut retourner à Paris afin d'y soigner le peu de fortune qui restait à ses enfants, et elle s'y trouva à l'époque de la terreur. Arrêtée, condamnée à mort, on lui conseilla vainement de se dire grosse; son mari n'étant plus en France, elle ne voulut pas consentir à faire ce mensonge et elle fut conduite à l'échafau l.

Ce qui désespère, quand on pense à celte aimable femme, c'est que le 9 ihermidor approchait et qu'il ne lui fallait que gagner fort peu de temps pour sauver sa vie.

La femme que je distinguai bientôt parmi toutes les femmes françaises qui se trouvaient à Home, fut la charmante duchesse de Fleury, très-jeune alors ; la nature semblait s'être plu à la combler de tous ses dons. Son visage était enchanteur, son regard brûlant, sa taille celle qu'on donne à Vénus, et son esprit supérieur. Nous nous sentîmes entraînées à nous rechercher mutuellement ; elle aimait les arts, et se passionnait comme moi pour les beautés de la nature; je trouvai en elle une compagne telle que je l'avais souvent désirée.

Nous allions habituellement ensemble passer nos soirées chez le prince Camille de Rohan, qui était alors ambassadeur de Malte et grand commandeur de l'ordre ; tous les soirs, il réunissait chez lui les étrangers les plus distingués ; la conversation était trèsanimée et très-intéressante ; chacun y parlait de ce

qu il avait vu dans la journée, et le goût, l'esprit de la duchesse de Fleury brillait par-dessus tout.

Cette femme si séduisante me semblait dès lors exposée aux dangers qui menacent tous les êtres doués d'une imagination vive et d'une âme ardente ; elle était tellement susceptible de se passionner qu'en songeant combien elle était jeune, combien elle était belle, je tremblais pour le repos de sa vie ; je la voyais souvent écrire au duc de Lauzun, qui était bel homme, plein d'esprit et très-aimable, mais d'une grande immoralité, et je craignais pour elle cette liaison, quoique je puisse penser qu'elle était fort innocente. Le duc de Lauzun était resté en France ; j'ignore s'il a pris une part active à la révolution ; ce qui est certain, c'est qu'il a été guillotiné.

Quant à la duchesse de Fleury, elle est revenue à Paris avant moi. Les passions y étaient encore débordées. Tout en arrivant, elle fit divorce avec son mari, puis, étant devenue très-amoureuse de M. de Montrond, homme à bonne forlune, jeune encore, et trèsspirituel, elle l'épousa. Tous deux quittèrent le monde pour aller jouir de leur bonheur dans la solitude, mais, hélas ! la solitude tua l'amour et ils ne revinrent à Paris que pour divorcer. La dernière passion qu'elle prit s'alluma pour un frère de Garât, qui, m'a-t-on dil, la traitait cruellement ; cnûn elle ne retrouva la paix et du bonheur qu'à la Restauration qui lui ramena son père, le comte de Coigny, dans les bras duquel elle alla se jeter pour le soigner jusqu'à sa mort ; avant la rentrée des Bourbons, étant allée voir un jour l'empereur Bonaparte, celui-ci lui dit brus-

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