CUAP1TRE IV. {SI
quement : — Aimez-vous toujours les hommes ? — Oui, Sire, quand ils sont polis, répondit-elle.
L'arrivée à Rome de tant de personnes qui apportaient des nouvelles de France me faisait éprouver chaque jour des émotions, souvent bien tristes, mais aussi quelquefois bien douces : on me raconta, par exemple, que peu de temps après mon départ, comme on suppliait le Roi de se faire peindre, il avait répondu : « Non, j'attendrai le retour de madame Le Brun, pour qu'elle fasse mon portrait en pendant à celui de la Reine. Je veux qu'elle me peigne en pied, donnant Tordre à M. de La Pérouse d'aller faire le tour du monde. »
Rien ne m'est plus doux que de me rappeler combien Louis XVI m'a toujours témoigné de bonté, au point que je me suis beaucoup reproché d'avoir oublié de dire, dans mon premier volume, qu'à l'époque où je fis le grand portrait de la Reine avec ses enfants, M. d'Angevilliers vint chez moi et me dit que le Roi voulait me donner le cordon de Saint-Michel, qui ne s'accordait alors qu'aux hommes artistes et aux gens de lettres de premier ordre ; comme dans ce temps aussi les plus odieuses calomnies s'attachaient à ma personne, je craignis qu'une aussi haute distinction ne porlât à son comble l'envie que j'excitais déjà, et, toute pénétrée que j'étais de reconnaissance, je n'en priai pas moins M. d'Angevilliers de faire ses efforls pour que le Roi perdît l'idée de m'accorder celte faveur.
Je. retrouvai à Rome un de mes meilleurs et de mes anciens amis, M. Dagincour, qui, lorsqu'il habitait
Paris, me prêtait les beaux dessins qu'il possédait pour les copier. M. Dagincour était un grand enthousiaste des arts et surtout de la peinture; j'étais fort jeune quand il quitta la France ; il me dit en partant : « Je ne vous reverrai que dans Irois ans, » et il s'en était écoulé qualorze depuis lors, sans qu'il pût se décider à quitter Home, ne pouvant plus imaginer que l'on pût vivre autre part. Aussi a-t-il fini ses jours dans celte ville, regretté de tous ceux qui l'avaient connu. 1 ."
C'est aussi, je crois, pendant mon premier séjour à Rome, que je revis l'abbé Maury, qui n'était pas encore cardinal ; il vint chez moi pour me dire que le Pape voulait que je fisse son portrait ; je le désirais infiniment ; mais il fallait que je fusse voilée pour peindre le Saint-Pére, et la crainte de ne pouvoir ainsi rien faire dont je fusse contente m'obligea à refuser
1 Jean-Baptiste-Louis-Gcorgcs V.toux d'Agincourt, archéologue et numismate distingué, est né, à Beauvais, le 5 avril 1730, et mort, à Home, le 24 septembre 1814, à l'âge de quatie-vingt-quatre ans. D'Agincourt entra de bonne heure dans un régiment de cavalerie ; mais il renonça bientôt à la carrière militaire. Ayant r çu une excellente éducation l'ancien soldat résolut de se dévouer à renseignement de plusieurs jeunes orphelins. Informé de la noble conduite de d'Agincourt, le roi Louis XV voulut le récompenser de son généreux sacrifice, et le nomma fermier général. A ors devenu riche, d'Agincourt visita, en 177 7, l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne; cl, en 1778, il commença à visiter l'Italie où il se plut tant qu'il y a dem -uré jusqu'à la fin de ses jours. Véroux d'Agincourt a fait Y Histoire de C art par les monuments^ depuis sa décadence au quatrième siècle jusqu'à son renouvellement au sixième siècle, en 6 volumes grand in-folio enrichis de 325 planches. Cet ouvrage a éiô terminé en 1823. Véroux d'Agincourt a aussi publié : Hecveil de fragments de sculpture antique y en t?rre cuite, un volume in-quarto avec son portrait et 37 gravures. Paris, 18 14.