CHAPITRE PREMIER
Turin, Porporati,le Corrége. — • Parme, M. de Flavigoy, les Églises, l'Infante de Parme. — Modène. — Boulogne. — Florence.
Après avoir traversé Chambéry, j'arrivai à Turin extrêmement fatiguée de corps et d'esprit, car une pluie battante m'avait empêchée, pendant toute la route, de descendre pour marcher un peu, et je ne connais rien de plus ennuyeux que les voiturins qui cheminent constamment au pas. Enfin, mon conducteur me déposa dans une très-mauvaise auberge. Il était neuf heures du soir ; nous mourions de faim ; mais comme il ne se trouvait rien à manger dans la maison, ma fille, sa gouvernante et moi, nous fûmes obligées de nous coucher sans souper.
Le lendemain, de très-bonne heure, je fis prévenir
de mon arrivée le célèbre Porporati, dont on connaît
de si belles gravures, entre autres une faite d'après le
tableau de Santerre, qui représente la chaste Suzanne
entre les deux vieillards. Le burin éminemment
classique de Porporati, comme celai de M. Desnoyers, sera toujours apprécié par les vrais connaisseurs. Porporati, que j'avais beaucoup vu pendant son séjour à Paris, était alors professeur à Turin; il vint aussitôt me faire une visite. Me trouvant si mal dans mon auberge, il me pria avec instance d'aller «loger chez lui, ce que je n'osai d'abord accepter ; mais il insista sur cette offre avec une vivacité si franche, que je n'hésitai plus, et, faisant porter mes paquetsà son domicile, je le suivis aussitôt avec mon enfant. Je fus reçue par sa fille, âgée de dix-huit ans, qui logeait avec lui, et qui se joignit à son père pour nous donner tous les soins imaginables pendant les cinq ou six jours que nous passâmes dans leur maison.
Pressée de continuer ma route vers Rome, je ne voulus voir personne à Turin. Je me contentai de visiter la ville et de faire quelques excursions dans les sites remarquables qui l'environnent. La ville est fort belle ; toutes les rues sont parfaitement alignées et les maisons bâties régulièrement. Elle est dominée par une montagne appelée la Superga, lieu de sépulture, destinée aux rois de Sardaigne.
Porporati me conduisit d'abord au musée royal, où j'admirai une collection de superbes tableaux des diverses écoles, entre autres celui de la Femme hydropique m de Gérard Dow, qu'on voit maintenant au musée du Louvre et qu'on peut appeler un chef-d'œuvre dans son genre. Je vis encore plusieurs tableaux admirables de Vandick, parmi lesquels je dois citer celui qui représente une famille de bourguemestres, dont les figures sont d'un pied et demi de hauteur. Il est cer-