CHAPITRE V. 2(M
l'huile infecte dont l'odeur montait chez moi. J'étais donc réduite à regarder la mer à travers mes carreaux. Qu'elle est belle cette mer de Naples! Bien souvent j'ai passé des heures à la contempler la nuit, quand <es flofs étaient calmes et argentés par le reflet d une lune superbe. Bien souvent aussi j'ai pris un bateau pour faire une promenade, et jouir du magnifique coup d'œil que présente cette ville, que Ton voit alors tout entière, ets'élevant en amphithéâtre. Le chevalier Hamilton avait sur le rivage un pelit cazin où j'allais quelquefois dîner *. Il faisait venir de jeunes garçons qui, pour un sou, plongeaient dans la mer pendant plusieurs minutes ; et, au moment où je tremblais pour eux, je les voyais remonter triomphants, leur sou à la bouche.
C'est à Chiaja que se trouve la Yilla-Reale, jardin public, bordé par la mer, et qui devient le soir une promenade délicieuse. L'Hercule Farnèse était placé dans ce jardin ; comme on avait relrouvé les jambes antiques de la statue, elles avaient été remises en place de celles que Michel-Ange avait faites dans le temps; mais celles-ci restaient posées à côté, afin que l'on comparât, en sorte qu'il fallait reconnaître la sublime supériorité de l'antique, môme auprès de Michel- Ange.
1 Ce cazin me rappelle encore un trait du chevalier Hamilton. Un jour dans ce logis j'avais fait avec du charbon, sur un dessus de porte, deux petites têtes d'expression; je fus bien surprise de les retrouver, en Angleterre, chez lord Waiwick. Le chevulier avait fait scier le dessus de porte, et vendu mes croquis : je ne me rappelle plus pour quelle somme. (Noie de fauteur.)