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CHAPITRE VI

valier me fit entreprendre pour visiter les îles d'Ischia etdeProcida. Nous partîmes à cinq heures du matin. J'étais dans une felouque avec madame Harte et sa mère, le chevalier et quelques musiciens. Il faisait le plus beau temps du monde ; la mer était calme au point de ressembler à un grand lac. À peu de distance, on voyait le coteau du mont Pausilipe, que le soleil éclairait d'une façon ravissante. Tout cela m'aurait porté à une douce rêverie, si nos rameurs n'avaient point crié à tue tête, ce qui m'empêcha de suivre une seule idée.

A neuf heures et demie nous arrivâmes à Procida, et nous fîmes aussitôt une promenade pendant laquelle je fus frappée de la beauté des femmes que nous rencontrions sur notre chemin. Presque toutes étaient grandes et fortes, et leurs costumes ainsi que leurs visages rappelaient les femmes grecques. Je vis peu d'habitations agréables, l'île étant généralement cultivée en vignes et en arbres fruitiers. A midi nous allâmes dîner chez le gouverneur; de la terrasse de son château, on découvrait le cap Misène, l'Achéron, les Champs-Élysées enfin, tout ce que Virgile a décrit; ces divers points de vue sont assez rapprochés pour qu'on puisse en distinguer les détails, et le Vésuve se voit dans le lointain.

Après dîner, nous remontâmes sur la felouque pour aller débarquer à Ischia vers les six heures du soir. Un des plus jolis effets que j'ai vus tout en arrivant, fut celui d'une quantité de maisons bâties çà et là sur des monts et très-éclairées, ce qui présentait à l'œil comme un second firmament. J'allai

Uigitized

2i0 SOUVENIRS DE MADAME VIGÉE LE BRUN.

joindre madame Silva, mon aimable Portugaise, pour parcourir avec elle une partie de l'île, qui est charmante ; tout son territoire est volcanique, elle a quinze lieues d'étendue, et partout on trouve des traces de foyers éteints. La plupart des montagnes, qui sont en très-grand nombre et fort près les unes des autres, sont cultivées. Saint-Nicolas, qui est le mont le plus élevé des environs de Naples, est plus haut que le Vésuve.

Nous trouvâmes à Ischia une société très-aimable et entre autres celle du général baron Salis; le lendemain matin, à six heures, nous partîmes au nombre de vingt personnes, toutes montées sur des ânes, pour aller dîner au mont Saint-Nicolas. On ne peut se faire une idée des chemins qu'il nous fallut prendre; les sentiers étaient des ravins profonds, pleins d'énormes pierres noircies par le feu; et les hauteurs de ces ravins étant cultivées, cette terre fertile, près de cette terre désolée, offrait un contraste étrange. Nous suivîmes entre autres uncbemin à pic rempli de laves grosses comme des maisons, qui ressemblait tout à fait au chemin de l'enfer. Cette superbe horreur nous conduisit dans un lieu de délices, sous des berceaux de vignes parfaitement cultivées, et près d'une très-belle forêt de châtaigniers. Là, j'aperçus une seule petite babitation, que mon guide me dit être celle d'un ermite. L'ermite était absent; je m'assis sur son banc, et je découvris, par une percée de la forêt, la mer et les îles Cy rênes, que la vapeur du matin entourait d'un ton bleuâtre. Je croyais faire un rêve enchanteur; je me disais : certainement la

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