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CHAPITRE VII

ronds au milieu desquels la tarentelle se danse, au bruit du tambour de basque et de longues guitares à trois cordes dont ils tirent des sons vifs et harmonieux. On ne saurait décrire ni l'activité, ni l'expression d'amour, qu'offrent tous leurs mouvements ; aucune danse ne ressemble à celle-là.

Nous restâmes jusqu'à la fin de la fête, et nous vt~ mes, en retournant à Naples, les hauteurs couvertes de femmes, dont les unes jouaient du tambour de basque, et les autres dansaient le thyrse à la main : c'était un spectacle charmant.

J'assistai aussi à une autre fête beaucoup plus célèbre que celle dont je viens de parler : c'est la fête du Pied de Grotte.Blle est ainsi nommée d'après la tradition qui raconte qu'un jour un ermite, retiré au fond de cette grotte, eut une vision dans laquelle la Vierge lui apparut et lui ordonna de faire bâtir uno chapelle dans cet endroit. Le prêtre en ayant instruit les habitants du canton, la chapelle fut aussitôt bâtio; et tous les ans la famille royale B'y rend en grande cérémonie pour y faire sa prière. Les chevau-légers, le régiment de la reine, celui du roi, enfin toutes les troupes, s'y trouvent rassemblés, ainsi que toute la noblesse en grand gala, et une multitude prodigieuse de gens du peuple. Les cochers qui ce jouMà conduisent la famille royale sont coiffés de perruques à trois marteaux, ou à la Louis XIV. Cette fête est tellement en vénération, que les habitants des petits pays dépendants du royaume de Naples, font mettre sur les contrats de mariage que l'on mènera leurs filles une fois à la fête de la Vierge du Pied de Grotte.

Uigitized

J'allai voir, avec M. Amaury Duval, frère de , M. Alexandre Duval, l'auteur dramatique, et M. Sacaut, tous deux alors secrétaires de légation à Naples, la Solfatare, qui était encore brûlante. C'était au mois de juin, de sorte que le soleil dardait sur nos têtes, tandis que nous marchions sur du feu. De ma vie je n'ai autant souffert de la chaleur. Pour comble de malheur, j'avais ma fille avec moi ; je la couvrais de ma robe, mais ce secours était si faible, que je tremblais à chaque instant de la voir tomber sans connaissance. Elle me dit plusieurs fois : « Maman, on peut mourir de chaud, n'est-ce pas ? 0 Alors, Dieu sait si j'étais au désespoir de l'avoir emmenée. Enfin, nous aperçûmes sur la hauteur une espèce de chaumière, dans laquelle il nous fut permis, grâce au ciel, de nous reposer. La chaleur nous avait tellement suffoqués, qu'aucun de nous ne pouvait ni agir ni parler. Au bout d'un quart d'heure, M. Duval se rappela qu'il avait une orange dans sa poche, ce qui nous fit pousser un cri de joie ; car cette orange était presque la manne dans le désert.

Quand nous fûmes tout à fait remis, nous descendîmes à Pouzol. C'était un dimanche, les habitants étaient en habits de fête; je me rappelle encore un jeune homme, les cheveux bouclés et tellement poudrés, que son énorme catogan avait blanchi son habit de taffetas bleu de ciel ; sa veste était couleur de rose fanée ; il portait un gros bouquet à sa boutonnière; enfin, c'était tout à fait le beau Léandre de la parade française, et il avait un air si important, si content de lui-môme, qu'il me fit beaucoup rire.

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Nous traversâmes toute la ville pour aller dîner au bord de la mer, où Ton nous servit d'excellents poissons. L'amphithéâtre de Pouzol, quoiqu'il soit en ruines, est encore fort curieux à voir. Il y reste quelques gradins placés en face de la mer, devant de grands rochers creux, et Ton prétend que c'était dans ces antres que les acteurs anciens jouaient les tragédies avec des masques caractéristiques et des portevoix. Après le dîner, nous primes une barque qui nous conduisit au promontoire de Misène. Là, nous foulions aux pieds des morceaux brisés des marbres les plus précieux ; car Misène a été détruite dé fond en comble par les Lombards et les Sarrasins : il n'y reste que le grand souvenir de Pline.

Que de lieux de délices ne sont plus maintenant que des lieux de mort IBaïes ! si renommé chez les Romains qui venaient y prendre les eaux, Baies n'est plus qu'un amas de ruines informes sur lesquelles plane un air infect; aussi le rivage de cette mer est-il désert. On voit encore à Baïes les restes de trois temples, celui de Vénus, de Mercure et de Diane, dont les eaux du lac Averne couvrent aujourd'hui les soubassements. Mais il ne reste pas même de vestiges de ces palais magnifiques, de ces belles terrasses : la mer a tout englouti.

Sitôt que j'avais été de retour à Naples, j'avais commencé le portrait de la reine ; bien loin qu'il m'arrivât le môme inconvénient qu'avec Paôsiello, il faisait alors si cruellement chaud, qu'un jour que Sa Majesté me donnait séance, nous nous endormîmes toutes deux. Je prenais plaisir à faire ce portrait. La reine de Naples, sans être aussi jolie que sa sœur cadette, la reine dç

France, me la rappelait beaucoup; son visage était fatigué, mais Ton pouvait encore juger qu'elle avait été belle ; et ses mains et ses bras surtout étaient la perfection pour la forme et pour le ton de la couleur des chairs . Cette princesse, dont on a dit et écrit tant de mal, était d'un naturel affectueux et très-simple dans son intérieur ; sa générosité était vraiment royale : le marquis de Bombelles, ambassadeur & Venise en 1790, fut le seul ambassadeur français qui refusa de prêter serment à la Constitution; la reine ayant appris que, par cette conduite noble et courageuse, M» de Bombelles, père d'une famille nombreuse, était réduit à la position la plus cruelle» lui écrivit de sa propre main une lettre de félicitation. Elle ajoutait que tous les souverains devant se regarder comme solidaires en reconnaissance pour les sujets fidèles, elle le priait d'accepter une pension de douze mille francs. Trois des enfants de M. de Bombelles ont aujourd'hui dans le monde des positions brillantes. L'alné, le comte Louis de Bombelles, est ministre d'Autriche en Suisse; le second, le comte Charles, est grand-maître de la maison de Marie-Louise ; et le troisième, le comte Henri, est ministre d'Autriche à Turin. En dehors de ce trait généreux de la reine de Naples, j'en connais plusieurs autres qui font aussi honneur à son cœur : elle aimait à soulager la misère, elle ne craignait pas de monter au cinquième étage pour secourir des malheureux, et j'ai su positivement que ses bienfaits ont sauvé de la prison, de la mort peut-être, une mère de famille et quatre enfants dont le père venait de faire * banqueroute. Voilà cette soi-disant mégère contre

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