‹ SouvenirsChapitre 45 sur 124 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Je retourne à Borne. — La reine de Naples. — Je reviens à Naples. — La fête de la madone de l'Àrca. — La fête du Pied de Grotte. — La Solfatara. — Pouzol. — Le cap Misène. — Portrait de la reine de Naples. — Caractère de cette princesse. — Le Napolitain. — Vol d'un l&zzaroni. — Mon retour à Rome* — Mesdames de France, tantes de Louis XVI.

Tous les, portraits que j'avais entrepris à Naples étant finis, je retournai à Rome ; mais à peine y étaisje arrivée, que la reine de Naples s'y arrêta en revenant de Vienne. Comme je me trouvais sur son passage dans la foule, elle m'aperçut, vint à moi, et me pria avec toute la grâce imaginable de revenir à Naples pour y faire son portrait. Il me fut impossible de refuser, et je ne tardai pas à me remettre en route.

Ce qui me consolait de toutes ces allées et venues, c'est qu'il me restait encore à voir plusieurs choses curieuses dans ce beau pays. Le chevalier Hamilton se plaisait à m'en faire les honneurs, et dès que je fus de retour, il s'empressa de me conduire à la fête de la madone de TArca, qui par son originalité se distingue de toutes les fêtes de village. La place de l'église était couverte de marchands de gâteaux ou d'images de la Vierge et de groupes d'habitants, venus des cantons voisins, dont les divers costumes étaient richement brodés d'or. Tous portaient des thyrses en haut desquels était placée l'image de la madone, ce qui rappelait les fêtes antiques. Toutefois,

Uigitized

cette foule, au lieu de nous donner le spectacle d'une bacchanale, entra dévotement dans l'église pour y entendre la messe. Le chevalier Hamilton, madame Harte et moi, nous étions placés près d'une petite chapelle où se voyait un tableau de la Vierge, noir comme de l'encre. De minute en minute, des paysans et des paysannes venaient s'agenouiller devant cette Vierge, et solliciter quelque faveurou rendre grâces pour celles qu'ils avaient reçues. Ils exprimaient tous leurs vœux d'une voix si haute, que nous entendions les demandes de chacun. Nous vîmes d'abord un homme beau comme une statue grecque, le cou nu, qui remerciait la Vierge d'avoir guéri son enfant. Il avait placé cet enfant sur l'autel en face du tableau; quand il eut fini sa prière, il le reprit et partit heureux. Après lui, vint une femme qui grondait avec fureur la madone de ce que son mari la maltraitait. J'étouffais de rire; mais le chevalier me dit de tout faire pour me contraindre, qu'autrement je serais fort maltraitée moi-môme. Il vint ensuite deux jeunes filles, qui se mirent à genoux

• Mm m

en demandant des maris. Enfin, les solliciteurs se succédèrent pendant une heure de la manière la plus plaisante. Dès que chacun d'eux avait parlé, on sonnait du milieu de l'église une clochette qui leur annonçait vraisemblablement que la prière était exaucée; car ils s'en allaient tous l'air content.

Après la messe, toutes ces bonnes gens se réunirent sur la place de l'église pour y danser la tarentelle ; c'est là seulement qu'on peut prendre l'idée de cette danse : ce que j'avais vu jusqu'alors n'en était qu'une faible copie. Ils commencent par former de grands

Page 1