CHAPITRE IX
Venise. — M. Denon. — Le mariage du doge avec la mer. — Madame Mari ni. — Les palais. — Le Tintoret. — Paccherotti. — Improvisateur. — Le cimetière. — Yicence. — Padoue. — Vérone. — Les conversazione.
Je brûlais du désir de voir Venise, j'y arrivai la veille de l'Ascension. Quoi qu'il m'eût été dit jusque alors sur l'aspect extraordinaire de cette ville, mes yeux seuls m'en donnèrent la juste idée, et j'avoue que son aspect me surprit autant qu'il me charma. À la première vue on croit n'apercevoir qu'une ville submergée; mais bientôt ses superbes palais, bâtis dans le style gothique, et dont ses beaux canaux baignent les murs, offrent l'effet le plus grandiose et le plus ravissant par son originalité. J'admirai beaucoup le pont du Malto, qui est d'une seule arche de quatrevingt-neuf pieds de longueur, et je me souviens qu'en passant dessus, je vis un pauvre homme, bien vieux, raclant sur un mauvais violon, et faisant chanter un petit garçon de cinq ou six ans qui sanglotait. Peutêtre ce pauvre enfant mourait-il de faim; aussi je m'empressai de lui donner une petite somme ; car, sous ce beau ciel et dans cette belle ville, je voulais que tout le monde chantât gaiement. Je fus quelque temps sans m'accoutumer à cette quantité de barques noires qui remplacent les voitures, et dans les-