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CHAPITRE IX

quelle! on s'embarque et Ton débarque continuellement à là porte de toutes les maistyis. J'auraiB voulu que leur couleur fût moins triste \ mais les ambassadeurs seuls ont des barques de toutes les couleurs.

M. Denon 1 , que j'avais connu à Paris* ôyattt appris mon arrivée, vint me voir aussitôt. Son esprit et ses grafidèë connaissances daus les arts faisaient de lui le plus aimable cicérone^ et je me réjouis beaucoup de cette heureuse rencontre. Dès le lendemaiu, jour de l'Ascension, il me conduisit sur le canal où se faisait le mariage du doge avec la mer. Le dogé et tous les membres du sénat étaient sur un bâtiment doré en ' dedans et en dehors, appelé le Bu&mtâute; mille bar* ques, dont plusieurs portaient des musiciens, l'entou* raient. Le doge et les sénateurs étaient vêtus de noir et coiffés de perruques blanches à trois marteaux. Lorsque le Bucentaure fut arrivé au lieu fixé pour la cé» lébration du mariage, le doge tira de son doigt un anneau qu'il jeta dans la mer, et, dans le môme inB* tant, mille coups de canon instruisirent la ville et ses environs de cet hymen solennel* qui se termina par une messe.

Une foule d'étrangers assistaient à cette cérémonie.

* Le baron Dominique Vivant Den6&* né à Chàldn-sur-6aône, le 4 Janvier 1747, et mort à Paris, le 27 avril 1825, a été, tour à tour et même tout à la fois, artiste, diplomate, savant et administrateur. 11 a écrit une petite biographie de madame Vigée Le Brun intitulée i rOriginaié ê U Hittratù (L'original et le portrait), BassanOj 1 702% grand in-8 de 40 pages. Cet opuscule contient les por* traits d'Isabelle Teotochi Marini et de madame Vigée Le Brun, gravés à l'eau-forie par Denon lui-môme, ainsi qu'une notice faite par ce spirituel et savant artiste sur sa très célèbre amie.

Si.

Je trouvai là, entre autres, le prince Auguste d'Angleterre, ainsi que la^charmante princesse Joseph de Monaco, qui s'apprêtait alors à retourner en France pour retrouver ses enfants, et que j'ai revue à Venise pour la dernière fois.

Le soir de la fête, rfous allâmes voir la lutte des gondoliers. On ne saurait se faire une idée de l'adresse et de l'activité de cette espèce d'hommes; c'est un spectacle fort amusant. Plus tard, la place Saint-Marc fut illuminée ainsi que la foire qui l'entoure. L'illumination êt la foire ont lieu pendant quinze jours.

Le lendemain, M. Denon me présenta à son amie, madame Marini, qui depuis a épousé le comte Albridgi. Elle était aimable et spirituelle • Le soir môme, elle me proposa de me mener au café, ce qui me surprit un peu, ne connaissant pas l'usage du pays; mais je le fus bien davantage quand elle me dit : « Est-ce que vous n'avez point d'ami qui vous accompagne ?» Je répondis que j'étais venue seule avec ma fille et sa gouvernante. « Eh bien, reprit-elle, il faut au moins que vous ayez l'air d'avoir quelqu'un ; je vais vous céder M. Denon, qui vous donnera le bras, et moi je prendrai le bras d'une autre personne; on me croira brouillée avec lui, et ce sera pour tout le temps que vous séjournerez ici ; car vous ne pouvez pas aller sans un ami . »

Tout étrange qu'était cet arrangement, il me convint beaucoup, puisqu'il me donna pour guide un de nos Français les plus aimables, non sous le rapport de la figure, il est vrai, car M. Denon, môme très-jeune, a toujours été assez laid, ce qui, dit-on, ne l'a pas era-

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