CHAPITRE I
Le palais Bonfigliola possède un beau saint Jérôme de l'Espagolet, une Sibylle du Guide, appuyée sur sa main tenant un papyrus; ainri que plusieurs autres chefs-d'œuvre.
On voit au palais Zampieri : Henri IV et Gabrielle par Rubens ; dans la salle d'Annibal* Carrache, la Déposition du Christ, effet de nuit, superbe tableau ; le portrait de Louis Carrache, peint par lui-môme ; un plafond du Guerchin représentant Hercule qui étouffe Antée : et le Départ d'Agar, beau tableau, plein d'ex • pression. C'est dans ce palais que se trouve le chefd'œuvre du Guide, saint Pierre et saint Paul causant ensemble. Ce tableau réunit toutes les perfections; les moindres détails y sont d'une telle vérité, que ces deux figures font illusion au point qu'on croit les entendre parler. C'est bien certainement ce que le Guide a fait de plus beau.
Trois jours après mon arrivée, le 3 novembre 1189, je fus reçue membre de l'Académie et de l'institut de Bo'ogne. M. Bequetti, qui en était le directeur, vint m'apporter lui-môme mes lettres de réception.
Je me consolai d'abandonner tant de chefs-d'œuvre par l'idée de tous ceux que j'allais trouver à Florence. Après avoir traversé les Apennins et les montagnes arides de Radico Fani, nous parcourûmes un pays plein de belles cultures > qui est la limite de la Toscane. A droite du chemin, on me montra un petit volcan, qui s'enflammeà rapproche d'une lumière, et que l'on nomme Fuoco di Lagno. Plus loin, le chemin s'étant élevé, je découvris Florence, située au fond d'une large vallée, ce qui d'abord me parut triste ; car j'aime
beaucoup les villes bâlies sur les hauteurs; mais, sitôt que j'entrai dans l'illustre cité, je fus surprise et charmée de sa beauté et de sa vue.
Après m'être installée dans l'hôtel qu'on m'avait indiqué, je débutai par aller, avec ma fille et le vicomte de Lespignière, nie promener sur une montagne des environs, d'où l'on découvre une vue magnifique, et sur laquelle se trouvent beaucoup de cyprès . Ma fille, en les regardanf, me dit : « Ces arbres-là invitent au silence. » Je fus si surprise qu'un enfant de sept ans pût avoir une idée de ce genre, que je n'ai jamais oublié cela.
Malgré le désir extrême que j'avais d'arriver à Rome, il m'était impossible de ne pas séjourner un peu dans cette charmante ville. J'allai voir avant tout la célèbre galerie que les Médicis ont enrichie avec tant de magnificence. En entrant parle vestibule, on aperçoit d'abord une quantité de tombeaux antiques 1 ; et, conl rc la porte, se trouve placée la fameuse statue du Gladiateur. De ce vestibule, on entre dans la galerie qui renferme lant de superbes statues. La Vénus de Médicis, les deux Lutteurs, le Rémouleur, un jeune Faune, lé Satyre et le Bacchus de Jean de Bologne, et la belle scène de la Niobé. Ces principales figures ornent la salle de la tribune, qui est aussi décorée par
* Les Médicis ont élevé à Giotto, né à Florence, un monument sur lequel est placé le portrait de ce peintre. Cet hommage à Giotto ne fut pas seulement rendu en l'honneur du grand artiste; mais encore en souvenir de l'illustre peintre qui peignit, vers 1290, dans la chapelle de leur palais, les portraits de Dante, de Brunctto Latini, et de Corso Donati, qui ont été retrouvés et restaurés par Antoine Afarini, eu 1840.