CHAPITRE X
gnons de voyage plus aimables. Ils me comblaient de soins, et Ton peut dire que le mari et la femme étaient d'une bonté rare, au point qu'ils emmenèrent avec eux un pauvre vieux prêtre émigré, et un autre jeune prêtre, qu'ils avaient trouvés en route, et qui venaient d'échapper au massacre du pont de Beauvoisin. Quoique M. et madame Bistri n'eussent pour voiture qu'une diligence à deux places, ils mirent le vieillard entre eux deux, et le jeune homme derrière la voiture. Ils soignèrent ces deux infortunés, dont ils étaient les anges tutélaires, comme des amis, comme des parents les plus proches. Je fus tellement édifiée de leur conduite envers ces deux malheureux, que je ne puis exprimer à quel point elle m'atiacha à cet excellent ménage, que j'ai vu constamment à Vienne.
En faisant route pour la capitale de l'Autriche, nous traversâmes une partie du Tyrol. Ce chemin est grandiose et pittoresque. On y voit des rochers d'une majesté imposante, embellis par la plus active végétation, et par des chutes d'eau, brillantes comme du cristal, qui vont alimenter des torrents. Nous parcourûmes aussi une partie de la Styrie; à mi-côte de ses montagnes, où Ton aperçoit çà et là des habitations champêtres et quelques châteaux, qui sont du plus charmant effet. Partout, le chemin occupa mes yeux fort agréablement, depuis Milan jusqu'à Vienne.