CHAPITRE XIV
extrêmement soignés; enfin cet ouvrage est un des plus finis de ce maîlre. A gauche du maître-autel, on voit un tableau de Lairesse, représentant un martyr; les figures du second et du troisième plan sont d'une finesse extraordinaire ; le fond en est fort bien composé et bien peint.
Cette cathédrale renferme les tombeaux de troisempereurs couchés, qui sont d'un beau travail ; nue chapelle toute en argent, dans laquelle est saint Népomucène ; un superbe dais, soutenu par quatre anges plus grandsque nature, en argent aussi; un petit bas-relief, représentant saint Népomucène, que des guerriers jettent du haut en bas des remparts. De plus on conserve dans l'église la cotte de mailles en fer de ce saint ; beaucoup de personnes viennent dans cette église pour baisercette relique historique.
Le palais de l'archiduchesse Marianne est trés-grand et très-beau ; il m'a rappelé celui du roi de Napîes.
La vieille ville est sur une montagne, et la nouvelle dans la plaine ; mais j'ai eu peu de temps pour les parcourir ; car je ne suis restée qu'un jour à Prague, désirant arriver à Dresde le plus tôt possible.
Sur noire route, nous passâmes à Budin, dont les environs sont charmants. Cette ville est déserte, ses fortifîcalions sont en ruine; on n'y rencontre que des vieillards, quelques femmes et des enfants encore en très-petit nombre.
Enfin nous arrivâmes à Dresde, après avoir passé la Corniche, chemin fort étroit, sur une grande hauteur, d'où l'on côtoie l'Elbe qui coule dans un fond trèsspacieux. Dresde est une jolie ville, bien bâtie, mais
à celle époque elle était très-mal pavée ; l'Elbe la traverse. Ses environs sont charmants, principalement le Plaone, d'où l'on découvre une vue surperbe ; mais malheureusement tous ces beaux lieux sont infectés par l'odeur des pipes. C'est là que les bourgeois viennent, surtout le dimanche, faire des parties de plaisir ; beaucoup y apportent leur dîner, et, sitôt leur repas terminé, ils se mettent tous à fumer, ce qui désenchante, pour moi, ces délicieuses promenades. Cet inconvénient, à la vérité, n'existe pas dans plusieurs beaux jardins que j'ai parcourus, et qui sont en grand nombre. Je cilerai principalement le Briill, le parc Antoine, le grand jardin de l'électeur, et le jardin de Hollande, comme les plus remarquables.
J'allai à l'église catholique pour voir un très-beau tableau de Mengs *, qui représente l'Ascension, et, le lendemain de mon arrivée, je visitai enfin celte fameuse galerie de Dresde, unique dans le monde. Sa vue ne dément point sa grande célébrité; il est bien certain que c'est la plus belle de l'Europe. J'y suis retournée bien souvent, toujours plus convaincue de sa supériorité, en admirant le nombre immense de chefsd'œuvre qu'elle renferme.
Ces chefs-d'œuvre sont trop connus par une foule d'ouvrages divers propres à en donner l'idée, pour que j'entre ici dans aucuns détails. Je dirai seulement que là comme partout on reconnaît combien Raphaël s'élève au-dèssus de tous les autres maîtres. Je venais de visiter plusieurs salles de la galerie, lorsque
1 Mengs a dédié une des éditions de ses œuvres à madame Vigée Le Brun.