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CHAPITRE XIV

j'arrivai devant un tableau qui me saisit d'une admiration au-dessus de toutes celles que peut faire éprouver l'art du peintre. Il représente la Vierge, placée sur des nuages, tenant l'enfant Jésus dans ses bras. Cette figure est d'une beauté, d'une noblesse dignes du divin pinceau qui l'a tracée. Le visage de l'enfant, qui est charmant, porte une expression à la fois naïve et célesje; les draperies sont du dessin le plus correct et d'une belle couleur. A la droite de la Vierge, on voit un saint dont le caractère de vérité est admirable ; ses deux mains surtout sont à remarquer. A gauche est une jeune sainte, la tête baissée, qui regarde deux anges placés en bas du tableau. Sa figure est pleine de beauté, de candeur et de modestie. Les deux petits anges sont appuyés sur leurs mains, les yeux levés vers les personnages qui se trouvent au-dessus d'eux, et leurs têtes ont une ingénuité et une finesse dont il est impossible de donner l'idée par des mots *.

Après être restée très-longtemps en adoration devant ce chef-d'œuvre, je repassai, pour sortir de la galerie, par les mômes salles que je venais de traverser. Les meilleurs tableaux des plus grands maîtres avaient perdu, pour moi, quelque chose de leur perfection ; car j'emportais l'image de cette admirable composition et de cette divine figure de Vierge! Rien ne peut se comparer dans les arts à la noble simplicité, et toutes les figures que je revoyais me semblaient grimacer un peu.

1 Ce tableau de Raphaël a été fort bien gravé à Dresde par Schender. (Note de fauteur.)

Ce qui rend cette galerie de Dresde aussi admirable, c'est qu'elle renferme des chefs-d'œuvre des grands maîtres de toutes les écoïes. On peut dire que toute la peinture est là, et que l'art ne possède pas un nom célèbre qui n'y soit inscrit. To.it en évitant de donner ici un catalogue, je parlerai d'un saint Jérôme de Ru* bens, qui m'a semblé un de ses ouvrages supérieurs, et d'une salle remplie de portraits el de tableaux delà Rosalba, qui sont d'une vérité enchanteresse. Les pastels notamment ont une grâce et un rtioelleux qui rappelle tout à fait le Corrige.

L'Électeur me fit prier d'exposer dans cette belle galerie ma Sibylle, qui voyageait avec moi, et pendant une semaine toute la cour y vint voir mon tableau. Je m y rendis moi-môme le premier jour, afin de témoigner à l'Électeur combien j'étais vivement touchée et reconnaissante de cette haute faveur, que j'étais loin d'attendre et de mériier.

La bibliothèque de Dresde est très-belle; on y voit, outre beaucoup de livres rares, une grande quantité de porcelaines très-précieuses, et de très-beaux antiques.

Le trésor est un des plus riches que l'on connaisse en diamants et en perles fines.

Une chose fort curieuse à voir, ce sont les salles qui renferment K»s armes, les costumes des anciens rois et chevaliers. On montre le chapeau de Pierre le Grand ainsi que son épée, le casque et la cuirasse d'Auguste, ancien roi de Pologne : cette cuirasse est si lourde qu'on ne peut concevoir comment ce prince a pu la porter; car maintenant il faudrait presque trois hommes pour la soulever.

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