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CHAPITRE XV

Pcterhoff. — Saint-Pétersbourg. — Le comte d'Esterhazy. — Czarskoicsiolo. — La grande-duchesse Elisabeth, femme d'Alexandre. — Catherine It. — Le comte Strogonoff. — Kaminostroff. — Esprit hospitalier des Russes.

J'enlrai à Saint-Pélersbourg le 25 juillet 1795, parle chemin de Peterhoff, qui me donna une idée avantageuse de la ville ; car ce chemin est bordé des deux côtés par de charmantes maisons de campagne, entourées de jardins du meilleur goût, dans le genre anglais. Les habitants ont tiré parti du terrain, qui est très-marécageux, pour orner ces jardins, où se trouvent des kiosques et de jolis ponts, par des canaux et des petites rivières qui les traversent. 11 est malheureux qu'une humidité effroyable vienne le soir désenchanter ce gracieux aspect; même avant le coucher du soleil, il s'élève sur ce chemin un tel brouillard que Ton se crdit entouré d'une épaisse fumée presque noire.

Toute magnifique que je me représentais la ville, je fus ravie par l'aspect de ses monuments, de ses beaux hôtels et de ses larges rues, dont une, que Ton nomme la Perspective, a une lieue de long. La belle Néva, si claire, si limpide, traverse la ville chargée de vaisseaux et de barques, qui vont et viennent sans cesse, ce qui anime cette belle cité d'une manière char-

mante. Les quais de la Neva sont en granit, ainsi que ceux de plusieurs grands canaux que Catherine a fait creuser dans l'intérieur de la ville. D'un côté de la rivière se trouvent de superbes monuments, celui de l'Académie des arts, celui de l'Académie des sciences et beaucoup d'autres encore, qui se reflètent dans la Néva . On ne peut rien voir de plus beau, m'a-t-on dit, au clair de lune, que les masses de ces majestueux édifices, qui ressemblent à des temples antiques. En tout, Saint-Pétersbourg me transportait au temps d'Agamemnon, tant par le grandiose de ses monuments que par le costume du peuple, qui rappelle celui de l'âge antique.

Quoique je vienne de parler du clair de lune, il ne me fii t pas possible d'en jouir à l'époque de mon arrivée; car au mois de juillet on n'a pas & Saint-Pétersbourg une heure de nuit ; le soleil se couche vers dix heures et dcipie du soir ; la brune dure jusqu'au crépuscule, qui commence vers minuit et demi, en sorte que Ton y voit toujours clair, et j'ai souvent soupé à onze heures avec le jour.

Mon premier soin fut de me reposer; car depuis Riga les chemins avaient été ce qu'on peut imaginer de plus effroyables; de grosses pierres posées les unes sur les aulrcs nous donnaient à chaque pas des secousses d'autant plus violcutes, que ma voiture était une des plus nid 'es du monde, et les auberges étant trop mauvaises sur cette route pour qu'il fût possible de s'y arrêter, nous avions marché de cahot en cahot jusqu'à Saint-Pétersbourg sans prendre de repos. Mais je sais que l'empereur Alexandre a fait rétablir cette

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