PUBLIES
Par le Baron Pierre DE BOURGOING
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PAR 1 S Librairie EMILE -PAUL, Éditeur
100, Faubourg-Saint-Honoré, 100.
Le Générai de division Comte de Lorencez
Les Béarnais^ qui s'honorent d'avoir pour compatriotes Gassion, Bernadotte, Bourbaki, Bosquet, doivent compter aussi^ comme un des leurs, Guillaume Latrille de Lorencez, né à Pau le 21 avril 1772, comte de l'Empire, général de division, chef d'état-major et gendre (1) du maréchal Oudinot.
Le général de Lorencez a laissé un manuscrit (2) auquel il aurait pu donner le titre de Mémoires ou de Souvenirs ; il a préféré celui d'Etat raisonné de mes serviceSy plus modeste, mieux approprié à ces pages où Tauteur s'attache à l'esprit des opérations militaires plutôt qu'à leur description littérale.
Soldat précis, exact, méticuleux, il écrivit surtout pour les hommes du métier.
w Si j'ai gardé le silence, nous dit-il, relativement aux armées qui agirent en Hollande, en Espagne, en Allemagne, il me sera facile de le justifier; car, puisqu'il m'est arrivé quelquefois de me défier de ma mémoire et de craindre de manquer d'exactitude sur des événements qui se sont passés sous mes yeux, on conviendra, sans doute, qu'il y aurait eu moins de présomption que de folie à prétendre prononcer sur ceux qui ont eu lieu loin de moi. Je craindrais aussi de défigurer l^s traits du Génie, car pour peindre dignement Alexandre, il faudrait le pinceau d'Apelle. »
Cette défiance de lui-môme est donc la raison pour laquelle nous trouverons de regrettables lacunes dans le récit d'une carrière militaire si bien remplie.
Le général passe, en effet, sous silence les campagnes de l'an VIII et de l'an IX en Bâta vie; il n'aborde celle de 18u5 qu'à partir d' Austerlitz ; il ne parle pas de son séjour en Espagne, en 1810 et 1811, où, sous les ordres de Suchet, il participa aux sièges de Tortose et de Tarragone. Il ne laisse que quelques lignes sur la campagne de ^813, et pourtant « ses marches et contremarches eurent l'approbation du maître ».
Le général de Lorencez ne visait pas à la célébrité. Il jeta sur le papier, sans prétention aucune, le récit des événements auxquels il assista; il n'écrivit pas pour les survivants de la Grande Armée, mais pour les générations à venir.
(1) Le général de Lorencez épousa, le 21 septembre 1811, Garoline-Nicolette Oudinot de Reggio, fille du maréchal et de Françoise Derlio.
(2) Nous devons à l'amabilité du comte de Lorencez, petit-fils du général, la communication de ce manuscrit.
C'est avec les mémoires privés que se construit la grande histoire. Il apporta sa pierre à l'édifice, rien de plus.
Si le lecteur trouve que Fauteur de ces pages laisse percer, parfois, un jugement trop sévère à Fégard de ses compagnons de gloire, qu'il ne prenne pas ce sentiment pour celui de la jalousie.
« Etranger à tous les ressentiments contemporains, déclare Lorencez, également exempt de haine, de crainte, de prétentions ambitieuses, je crois être dans cette disposition morale qui ne laisse aucune prise aux préoccupations injustes. J'écrirai comme si je vivais dans un autre siècle.
« Celui-ci m'accusera d'adulations, cet autre d'injustice ; mais, lorsque la tombe se sera fermée sur la génération vivante et lorsque, dans le silence des passions qui l'agitent, la vérité pourra se faire entendre, mon écrit — s'il m'était permis de penser qu'il parvînt jusque-là — sera honoré de son sceau approbateur. »
Le général de Lorencez était de taille moyenne, large d'épaules. Jusqu'à la fin de sa vie, il conserva la mode du premier Empire, portant les favoris et pas de moustaches. Ses cheveux étaient noirs, touffus, frisant naturellement; ses yeux étaient noirs aussi, petits mais très vifs.
Il avait conservé de son pays d'origine un franc-parler et une vivacité toute méridionale qui, peut-être, froissaient parfois, car il imposait l'autorité de sa parole; mais il était incapable de rancune et conserva jusqu'au
dernier jour de véritables amis.
Baron Pierre de Bourgoing.