DÉCORATIONS
Officier de la Légion d'honneur, le 25 prairial an XII (14 juin 1804). Commandeur de la Légion d'honneur, le 4 nivôse an XIV (25 décembre 1805). Grand-officier de la Légion d'honneur, le 24 août 1814. Chevalier de Saint- Louis, le 6 mai 1814.
Commandeur de Saint-Louis, le 1" mai 1821.
Titres.
Baron de l'Empire (lettres patentes du 29 juin 1813). Comte de l'Empire, le 11 septembre 18ia.
LE GÉNÉRAL DE DIVISION COMTE DE LORENCEZ. v 97
Dotations.
10,000 francs de rente sur la Westphalie, décret du 17 mars 1808. 10,000 francs de rente sur la Westphalie, décret du 15 août 1809. 6,000 francs de rente sur les départements de l'Arno et de Marengo, par décret du l®»" janvier 1812.
Réflexions sur un projet d'administration spéciak pour la Garde Royale ^
Au mois de janvier 1816, le ministre de la Guerre forma une commission qu'il chargea d'examiner un projet d'administration spéciale pour la Garde Royale, accompagné d'un mémoire fort bien fait.
Cette commission fut composée de M. le comte de Villemanzy, président, des lieutenants généraux Despinoy, de Lagrange et de Lorencez, de l'inspecteur aux revues Sicard.
Le but du projet était de rendre l'administration de la Garde indépendante et de la placer entre les mains des ordonnateurs et inspecteurs aux revues, sous la surveillance d'un conseil où ils s'attribuaient voix délibérative. Solde, armement, subsistances, hôpitaux, habillement, remontes, tout enfin, fut rentré, sans contrôle, dans les attributions de ce conseil.
Le trésorier devait être choisi parmi les banquiers de la capitale jouissant d'un grand crédit personnel. Des directeurs d'hôpitaux, gardesmagasins et autres employés devaient, pour obtenir plus de considération qu'ils n'en jouissaient, considération qui n'est vraiment pas grande, être pourvus de grades militaires ; non seulement ils devaient être assimilés à ces grades pour le rang et Tautorité, mais ils devaient en porter les marques distinctives, épaulettes, etc.
L'éternel objet de l'ambition des administrateurs fut, en effet, toujours de porter Tépaulette; ils ne la demandaient pas, dans les circonstances présentes, mais. pourquoi la leur aurait-on refusée lorsque leurs subalternes l'auraient obtenue et..., s'il faut le dire, profanée?
Un ordonnateur passait pour être Tauteur du projet et il était facile de le reconnaître. Il était d'ailleurs rempli de vues utiles, présentées avec beaucoup d'art; il séduisit un illustre maréchal (i) qui le présenta lui-même au ministre.
(1) Le maréchal duc de Bellune.
La commission se réunit une première fois, le 24 janvier. Cette séance se borna à la lecture du projet, mais le président posa, après une courte délibération, les questions suivantes, et la commission s'ajourna au surlendemain.
/'6 question ; Le 3^ paragraphe de l'ordonnance du Roi du 4®' septembre 1815 s'explique ainsi : « Les régiments de notre Gard« Royale ne suivront, pour le service intérieur, l'instruction, l'administration et comptabilité, d'autres règlements que ceux qui sont ou seront en usage dans nos troupes de ligne. »
Cette disposition sera-t-elle maintenue?
^ question: La Garde aura-t-elle une administration spéciale?
5^ question: L'administration de la Garde Royale formera-t-elle deux sections, dont l'une lui serait spéciale et dont l'autre serait commune avec la ligne?
Voici comment j'exprimai mon opinion à la première séance : Si les lois administratives qui nous régissent sont bonnes, elles conviennent aussi bien à la Garde Royale qu'à la ligne. Si elles sont susceptibles d'amélioration, il est juste, et dans l'intérêt du Roi, que son armée profite de ces améliorations au même titre que sa Garde. Je regarde donc l'article ci-contre comme également juste et sage, et j'opine pour qu'il soit rigoureusement maintenu, ce qui me dispense de répondre aux deux autres questions.
Après avoir donné mon avis sur les questions que la commission a posées à la fin de sa première séance, je demanderai la permission de lui soumettre quelques réflexions sur le projet dont le ministre lui a confié l'examen. Je ne me propose pas de réfuter ce projet pied àpied, car ce n'est pas sur une première lecture qu'il 4ii'a été possible d'en saisir tous les détails. Je me bornerai à des considérations générales sur l'ensemble et les bases fondamentales du système proposé et, si je parviens à prouver que ces bases sont sérieuses, il est clair que le reste tombe de lui-même.
Je dirai d'abord que, lors même que l'on consentirait à donner à la Garde Royale un régime administratif autre que celui en usage dans la ligne, la commission centrale dont on propose la formation serait inadmissible.
Sa composition aurait pour premier vice de confondre des éléments incompatibles, puisque les fonctionnaires auxquels la loi attribue la surveillance des comptables changeraient de rôle et deviendraient comptables à leur tour, ce qui est une monstruosité en administration. J'ajouterai que si MM. les maréchaux majors généraux ont le droit incontestable de surveiller l'administration, d'en exiger des comptes et de la ramener à la règle, aussi bien que les autres parties
du service, il est tout aussi certain qu'il ne convient pas d'avoir des comptables de ce rang. Une telle responsabilité leur deviendrait probablement à charge et, s'il faut le dire, illusoire. Ceci, à quelques nuances près, peut également s'appliquer aux lieutenants généraux auxquels la loi de formation attribue les fonctions d'inspecteur.
Pour motiver une conception aussi bizarre, les auteurs du mémoire font valoir la nécessité de centraliser l'administration.
Sans nous attachera examiner si ce motif n'est pas plus spécieux que solide, et s'il n'est pas mis en avant pour donner le change sur d'autres vues, nous nous bornerons à observer que cette centralisation, in-» voquée comme une chose nouvelle, existe déjà au ministère de la Guerre, et qu'elle ne saurait se trouver ailleurs, à moins d'avoir pour effet de compliquer tout le système administratif, au lieu de le simplifier.
On objecte encore que l'administration d'un seul corps, ressortissant à plusieurs divisions de ce ministère, il en résulte défaut d'ensemble et lenteur dans l'expédition des affaires; mais l'objection tombe à faux, car personne n'ignore que c'est précisément dans un but opposé, c'està-dire pour classer le travail et le rendre plus prompt, plus facile, que ces divisions ont été imaginées et non pour rompre l'unité qui n'en subsiste pas moins.
On a abusé de cela comme on abuse de tout; je veux dire par là que les solliciteurs courent aux chefs de division comme à autant de ministres particuliers; l'abus cessera lorsque les ordres du ministre qui interdisent la circulation dans les bureaux à une foule d'intrigants et d'oisifs qui fatiguent la patience des employés, leur dérobent un temps précieux, ne seront, enfin, plus éludés.
Ce n'est du reste pas la première fois que l'on se plaint des lenteurs qu'il n'est guère possible d'éviter dans une administration aussi vaste; nous croyons que l'impatience des demandes a rendu ces plaintes exagérées. 11 est, n'en doutons pas, des lenteurs utiles et des formes tutélaires qu'il importe de savoir respecter : les reproches seraient bien autrement violents et probablement mieux fondés si, dans la plupart des cas, on statuait à la légère, sans examen, sans maturité.
11 suffit, du reste, de la moindre réflexion pour comprendre que, lorsqu'on veut dégoûter d'une chose établie, afin de lui en substituer une autre de son choix, il n'est pas difficile de tout entraver, de faire envisager comme insurmontables les difficultés les plus aisées à vaincre, en un mot, d'accuser les choses des erreurs, des délais, des inconvénients qui n'ont leur origine que dans la volonté des individus.
Imaginons la machine la plus parfaite; elle cessera de paraître telle
dès l'instant où la main destinée à en diriger le moteur le fera agir en sens inverse du but du mécanicien.
Je suis loin de prétendre, assurément, que notre législation administrative soit exempte de toute imperfection ; mais on me persuadrait difficilement qu'un ordre de choses, au moyen duquel on a plusieurs fois réussi à créer et à faire mouvoir si subitement des armées innombrables, dans les circonstances les plus difficiles, ne puisse suffire dans des moments de calme et pour de bien moindres besoins.
La nomination d'un trésorier général nous paraît tout aussi peu nécessaire que le reste : le trésor royal a tout autant d'argent qu'il lui en faut pour suffire aux besoins du service. On nous vante l'avantage qu'il y aurait pour la Garde Royale à ce que ce trésorier fût un régent de la Banque de France, ce quflui créerait un immense crédit.
A cela, je n'opposerai que cette question : « Est-il convenable, estil politique qu'un corps armé, appartenant aussi intimement à l'Etat, dispose d'un crédit indépendant de celui de l'Etat? »
Pour ce qui est de la nomination de deux secrétaires ayant rang de colonel, et de gardes-magasins ayant celui de capitaine, je ne penserais pas qu'il fût nécessaire de combattre une idée aussi bizarre, si elle ne me semblait tenir à celte manie de tout confondre, qui a été à la fois une des causes et l'un des plus funestes eff'ets de nos erreurs révolutionnaires. Il faut donc que la commission me permette encore quelques observations sur un sujet plus grave. qu'il ne semble l'être au premier abord :
Chacun de nous. Messieurs, sait que, dans les premiers temps de la guerre qui vient de finir, les employés de l'administration militaire jouissaient d'un degré d'estime dont un honnête homme pouvait se contenter; il est vrai que ce sentiment s'affaiblit insensiblement et que, vers ces derniers temps, ces employés étaient tombés dans une sorte d'abjection (1).
Que ce fût par la nature de leurs fonctions ou par leur manière de les exercer qu'ils aient déchu de la sorte dans l'opinion, c'est ce que je ne déciderai pas ; j'avouerai seulement que je suis pour le dicton militaire qui dit qu'il n'y a pas de sot métier.
Je dirais volontiers à ces messieurs : « Si vous voulez être honorés, ce n'est pas en usurpant les distinctions qui sont le prix d'autres services que ceux que vous êtes appelés à rendre; c'est en persévérant dans le chemin de l'honneur et de la probité que vous y parviendrez. La richesse est la récompense du travail ; l'estime, celle de la probité ; la
(1) Les soldats, qui ont toujours un sobriquet pour les gens qu'ils haïssent ou méprisent, les appelaient : les Riz-Pain-Sel, (Note du général de Lorencez.)
considération et les honneurs publics sont le prix de vertus d'un autre ordre". En bonne règle, chacun devrait être satisfait de son lot; lorsque le contraire arrive, et lorsque chacun veut sortir de sa sphère, il y a trouble et désordre dans TEtat. »
On voudrait rendre quelque lustre à une profession discréditée et Ton pense y réussir en ceignant Tépée aux hommes qui l'exercent et en leur appliquant des épaulettes! Je soutiens, moi, qu'on les chamarrerait de tous les ordres de chevalerie sans que, pour cela, ils en fussent tenus pour plus respectables. La considération né se donne pas ; elle s'acquiert; la puissance souveraine^ elle-même, échouerait dans cette entreprise.
Il fut un temps où le génie fiscal, spéculant sur les vanités humaines, avait imaginé de vendre une foule de charges qui devaient avoir pour efifet de conférer la noblesse. Soins inutiles î L'opinion se souleva, et le peuple, dans son simple bon sens et sa grossière énergie, s'obstina à flétrir ces brevets de parchemin, payés en beaux deniers, par la dénomination de Savonnettes à vilain.
Souvenons-nous qu'il n'y a jamais eu, qu'il n'y aura jamais que trois sources d'illustration : les services rendus dans les armées, la magistrature et la haute administration. Le public, juste appréciateur des choses de convenances, approuvera que les descendants d'un folbert, fils d'un marchand de Reims, d'un Chevert, soldat de fortune, soient réputés aussi nobles que les Rohan et les Montmorency ; mais il ne croira pas, même après vingt générations, que la noblesse soit entrée dans la famille d'un conseiller du Roi, Langueyeur de porc ou Mesureur de charbon.
On aurait donc beau faire, ce n'est pas en confondant les rangs, en dénaturant l'essence des choses, qu'on parviendrait à assimiler ce que l'opinion a fait dissemblable.
Du reste, plus on y réfléchit, plus on demeure convaincu que ce projet à tant de branches n'a pu être conçu par MM. les maréchaux majors généraux de la Garde Royale; sans doute, ils ont pu sourire à l'idée d'une administration indépendante, surtout lorsqu'on leur aura fait entrevoir qu'il en résulterait le double avantage d'une grande économie pour le Roi et d'un surcroît de bien-être pour la troupe; mais l'ensemble de ce plan, où des vues utiles servent à couvrir des prétentions exagérées et des innovations dangereuses, décèle la main de cette classe d'administrateurs que l'état de paix réduit à une sorte de nullité, qui voudraient en sortir, se rendre nécessaires et qui, lorsqu'il n'y a ni magasins, ni manutentions, ni confections, ni marchés à passer, n'ont, en effet, qu'une bien médiocre influence. Celle que MM. les maréchaux exerceraient dans un système aussi compliqué serait illu-
soire ; elle passerait tout entière aux faiseurs, et ces illustres chefs de Tarmée ne seraient là que pour protéger par leurs noms des prévarications peut-être, et pour en rendre la recherche et la répression plus difficiles, pour ne pas dire impossibles.
Je conclus donc :
1® A ce que le 3® paragraphe de l'ordonnance du Roi du 1^' septembre 1815 soit maintenu dans toutes ses dispositions;
2» Qu'il n'y ait lieu à délibérer sur le surplus du projet de règlement présenté h l'examen de la commission.